Le Billet de Jidé


Bonnes nouvelles :
inutile de simuler le plaisir !

Quand j´ai vu fonctionner il y a presque vingt ans les premiers simulateurs de vol d´avion, je me suis immédiatement demandé si j´aurais la chance (avant de mourir !) de voir l´équivalent pour le monde ferroviaire — l´étroitesse de notre « niche » ne justifiant pas à première vue la mise au point d´un produit commercial, complexe et cher, pour deux pelés et trois tondus... Premiers espoirs avec les petits programmes d´Abracadata : un horrible dessin en « 2D basse déf », mais déjà on construit son réseau, on forme les trains, on roule, on attelle, on dételle...
Dix ans plus tard les logiciels d´aide à la construction de réseaux abondent — mais c´est lourdingue et la 3D est toujours grossière... Puis c´est l´arrivée du mastodonte : Microsoft himself, le père de Flight Simulator, prend le train ! (Parution en France  : 22 août.)
Je le vois au stand R.M.F., au Salon de la maquette, et déjà je vous préviens que c´est bougrement intéressant. Mais j´aurais plein de questions à poser... Eh bien, hier, à la présentation de presse que Microsoft a organisée à l´occasion de la sortie en France de « Train Sim », j´ai pu revoir de très près la bête et aussi les poser, ces questions...
 
Chez Microsoft, au C.N.I.T. — À gauche, on reconnaît... notre ami Jack Trèves !

Train Simulator étant loin d´être une « exclu » Ptitrain, je vous conseille d´aller déjà voir des infos, des copies d´écran ou des vidéos sur les sites de MS France, qui vous renverra sur la « communauté Train Sim » (attention : pas grand-chose pour l´instant en français).
Les pages de l´un de nos confrères belges, FerroStéph, racontent la vie au jour le jour avec Train Sim.
SimTrain, le site de Théophile Alary, présente des photos d´écran, en masse, mais aussi (déjà !) du matériel roulant en téléchargement (d´où est tirée la « Rocket » ci-contre), des « tutoriaux », des forums, etc.
Voilà, vous avez fait le tour ? Alors, maintenant, mon avis...

Le « look », le son, l´animation ? Très suffisants. Certes, si on se contente de s´asseoir dans une voiture-salon et de regarder oisivement par la fenêtre, on remarque (à travers la fumée de son cigare !) quelques petits gels d´écran, quelques moirures, et une répétitivité du décor — mais qui serions-nous si nous nous asseyions sans rien faire ? :¬)
Une maison, des volets, du linge qui sèche, une camionnette, le métro qui passe... C´est bien rendu... Certes les rails ne sont pas tirefonnés !

Le jeu ? C´est la partie qui me tente le moins ; mais je sais que respecter un horaire, déposer des marchandises, retourner les wagons, bref réussir des « missions » (ou des « défis », mots choisis en français par MS !), est un plaisir dans de nombreux clubs, par exemple. Dans Train Sim, tout est paramétrable et on pourra jouer comme John Allen à poser à ses amis des « colles » pour des manoeuvres compliquées (mais en communiquant par Internet of course !).
Tiens, tiens, tiens ! Le fameux logo C.I.W.L. que Accor défend comme un lion, il est là¬) :
Jeu encore, encore plus loin de nos préoccupations modélistes quotidiennes : après avoir par exemple cliqué à la souris les cases « hiver », « nuit », « pluie », « train de voyageurs », choisissons l´option « meurtre ». L´histoire va flirter avec Agatha Christie : le joueur devra isoler les deux voitures de queue où se trouve l´assassin, les dételer, amener sur place la police... Pas assez corsé ? Cliquons pour autoriser des « déraillements » aléatoires...
La technique ferroviaire ? Ça, ça pourra être amusant ! Car, si on le désire, on peut faire le boulot d´un vrai mécanicien de locomotive à vapeur et devoir vérifier et régler le régulateur, le niveau d´eau, les freins, les injecteurs, le souffleur... (Faire fondre le ciel du foyer en oubliant un « alt-shift-F5 » c´est aujourd´hui possible :¬) La double traction est permise ; et même conseillée par le train ne démarrera pas si la charge est trop importante. Comme Flight Simulator qui est utilisé par les écoles de pilotage, un Train Simulator quand il sera « bien mûr » pourra nous apprendre la vraie conduite des trains ! Autre chose que d´actionner un transfo Jouef, n´est-il pas ?

Et le modélisme dans tout ça ?

Est-ce qu´on pourra « fabriquer » soi-même son réseau ? Nos hôtes nous assurent que oui : les « outils de développement » sont fournis à l´utilisateur de base et la démo nous est faite que tout ce qui a servi à l´une des six simulations livrées avec le logiciel (qui se déroulent aux États-Unis, Japon, Angleterre, Autriche) est disponible sur un des C.D. du jeu, avec une somme impressionnante de réglages. Oui — « avec beaucoup de patience », nous dit-on, mais sans formation à proprement parler informatique —, on pourra, nous les utilisateurs, fabriquer une gare ou un wagon, importer un son, poser des rails (et choisir les traverses : bois ou béton ? le son du train sera très différent), placer des arbres et des camions...
Les preneurs de son dépêchés par Microsoft sur la « vraie » loco qui circule dans Train Sim pour « échantillonner » le son. Des micros sont fixés un peu partout...

On a ainsi un « éditeur de cabine » pour fabriquer le poste de pilotage (si nécessaire à partir de photos réelles scannées), un « éditeur d´itinéraires », de bâtiments, etc. On pourra s´échanger des composants : Microsoft a délibérément choisi une architecture ouverte (et un prix presque symbolique : 60 euros) et de favoriser la constitution d´une « communauté Train Sim » aussi large que possible. À en croire les mailing-lists et les forums déjà existants (en anglais), ça marche. Est-ce que les francophones feront preuve d´activité, c´est à voir... Un « T.G.V. Train Sim » est déjà en fabrication quelque part. Mais bien sûr pas de limite dans le temps (ah ! du Nord époque II sur un Pentium à 3  GHz !) (1), dans les écartements (aussi simple de faire de la voie de 60 que l´Eurostar), les couleurs (vous irez télécharger une « livrée Fret » sur www.tranche-napolitaine.com :¬), les activités (transports de déchets nucléaires avec gestion des retards dus aux manifs des Verts ?), l´âge (MS a visiblement prévu de quoi amuser nos chères têtes blondes, même si l´environnement général assez austère sera loin de brancher les maniaques de jeux vidéo — à moins qu´on puisse rencontrer Lara Croft dans uncouloir étroit, ou écraser des piétons aux passages à niveau ?).
Pourquoi est-ce que je « plonge » avec autant de joie enfantine, moi qui me refuse à piloter mon « vrai » réseau avec un microordinateur ou même à introduire le « digital » dans mes locos ? Parce que j´envisage un vrai modélisme virtuel, carrément détaché des contigences matérielles : autant je trouve « bidon » de consacrer un ordinateur à la gestion d´un réseau H0 qui est beaucoup trop imparfait — attelages automatiques non fiables, soubresauts dans l´alimentation (2), déraillements à répétition — pour supporter (et pour profiter de) la rigueur informatique (3), autant j´aimerais voir pratiquer l´art du p´tit train (4) sur écran, p´tit train parfait, sans défauts, avec (pourquoi pas ?)  des vrais sons enregistrés par un copain lors d´une sortie touristique, avec des composants achetés à des artisans reconvertis du laiton à la 3D — et cela même lors d´un long voyage en avion, à l´hôpital pour une jambe cassée, au travail pendant la pause café, dans le fauteuil roulant d´un handicapé, en maison de retraite, en vacances, en prison...
La patience ? C´est le capital le plus répandu chez le modéliste. Les outils 3D complexes ? Sûrement pas plus complexes qu´un tour de bijoutier ! Des tâches ingrates ? Pas plus que de déboucher cent fois la buse de l´aérographe ! Cher ? Quasi gratuit ! Tout ne va pas se faire du jour au lendemain, je m´en doute ! Dans dix ans, la moitié de ce dont je rêve sera-t-il fonctionnel ? On verra. En attendant, vive le modélisme virtuel ! Vive Microsoft (5) !

Le 1er août 2001

Sur la liste PtitrainMatique (message 638), un ami suisse de Ptitrain, Thierry, confie ses premières impressions...
« ... Par rapport à un simulateur que j´apprécie énormément, l´excellent simulateur BVE conçu par un Japonais :
Positif :
— graphisme superbe, à condition de disposer de « ze bécane » qui arrache !
— effets de la météo ;
— possibilité d´intervenir sur les aiguillages ;
— manoeuvres, triage, coupler, découpler, unités multiples ;
— déraillements visibles, rupture d´attelage ;
— frein de locomotive, frein rhéostatique ;
— toutes les commandes de locomotive vapeur ;
— commandes d´éclairage ;
— il faudra déjà des mois pour faire tous les scénarios proposés.
Moyen :
— les sons sont très bien faits, mis à part ceux du roulement : par rapport au simulateur japonais BVE, il manque le grincement dans les courbes serrées et les battements au passage des aiguillages.
Négatif :
— commandes un peu fastidieuses à utiliser au clavier, par ex. manette de frein à air : entre la position vider 100 % (urgence) et remplir 100 %, il faut appuyer longtemps. Le simulateur japonais BVE est plus agréable dans ce sens ;
— la caisse de la locomotive semble rester absolument horizontale, pas d´effet de dévers (virages relevés) ou de roulis. Ça aussi, le BVE le propose ;
— si on peut faire des manoeuvres, on aimerait pouvoir aller dans l´autre poste de conduite. »

.

(1) Une version Mac n´est pas impossible, nous dit-on, mais ça n´est pas MS qui s´en chargera, ce seront d´autres partenaires. À vue de nez, faire tourner le Train Simulator actuel sur un Mac en émulation Windows (grâce à Virtual P.C.) ne sera pas conseillé aux cardiaques, cf. les « petits ennuis » rencontrés par FerroSteph, même sur de vraies plates-formes Wintel. Aussi (puisque je suis depuis quinze ans un macintoshien convaincu) je ne pourrai me lancer sur-le-champ dans l´aventure  ; suite à un appel sur la liste Ptitrain, notre ami Guillaume Rosquin a accepté de tester pour nous le logiciel.
(2) Comment gérer la « poussette » en C++ ?
(3) Je me marre quand je vois dans une expo une démo de T.A.O. (train assisté par ordinateur) : sur le T.C.O. à l´écran on voit un autorail en voie 1 et un T.G.V. en voie 2. Merde, sur le réseau, c´est le contraire, y a eu comme un bug ; qu´à cela ne tienne, à la main, on va intervertir les deux bécanes ! Je ne citerai pas le nom du logiciel ni le nom du club...
(4) Il restera le dixième art, même entièrement désincarné :¬)
(5) « Jean-Pierre Coffe déjeune chez MacDo... Fidel Castro se rend chez le pape... On aura tout vu... Mais Jidé chez Microsoft, ça c´est le scoop ! Qu´est-ce qui se passe ? » Jidé : « Certes, j´ai une réputation anti-Microsoft ! Certes, je pense et je dis que la tournure qu´ils ont donnée à la micro-informatique est une catastrophe, à l´échelle de l´humanité, et qu´à mon âge je ne verrai plus jamais revenir le temps de la micro saine, gaie et prometteuse qui m´a bercé de 1981 à 1992 (date à laquelle j´ai abandonné par désespoir mon métier de formateur en informatique)... Mais il arrive que d´autres fassent encore pire que Microsoft et, par exemple, je suis un partisan d´Internet Explorer aussi bien sur PC que sur Mac. » « Bravo pour cette largesse d´esprit ! C´est pour ça que Bill t´offre le café maintenant, quand tu vas chez lui ? » « Moquez-vous ! On peut quand même se prendre de plus d´espérances ferrovipathes quand c´est un mastodonte qui lance à fonds perdus une pareille aventure plutôt qu´un (même brave et courageux) auteur de shareware (6) ! »

(6)
Sur la liste PtitrainMatique, quelques messages concernent le logiciel « Black Five », testé par Xavier ou Emmanuel ; ou Trainz, qui présente des BB-72000 et 15000...
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