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 Des personnages en quête de hauteur...

     Les personnages tout faits coûtent, on le sait, « les yeux de la tête »... Leur qualité est sûrement très grande et le plaisir à les mettre en scène est incomparable -- que ce soient par exemple les « clochards, concierge et agents de police » réf. 350 de M.K.D. ou « la bonne soeur et les petites filles » réf. 10401 de Preiser... J´aime aussi les inimitables motards et gendarmes époque IV, réf. 10191 de Preiser (17 euros les quatre pandores, mais fournis avec deux belles « béhèmes »). Soit dit en passant, la « francisation » est parfaite dans ces cas.

     Pour lutter contre la vie chère, nous autres modélistes avons une recette miracle : la hamstérisation. Naïfs comme les grands enfants que nous sommes, nous allons donc nous acheter une boîte de personnages chaque mois pendant vingt ans -- et petit à petit, le temps aidant, nous pourrons nous imaginer que ça ne nous aura rien coûté !

     Une autre solution, plus fatigante, mais moins consommatrice de temps et de blé, c´est de les faire (du moins, les décorer) soi-même, ces fameux personnages ! Pour le H0, la marque Preiser commercialise des boîtes de figurines non peintes, en vrac sur leur grappe de moulage. Voilà un aperçu, non exhaustif, tiré du légendaire catalogue de Railway, le vépécéiste bien connu (les prix en euros sont arrondis) :

Nombre
Modèles H0
Prix approx.
120

figurines « gare » (cheminots, voyageurs, accompagnateurs)

27 euros
120

cheminots de la voie, travaux publics, ménagères au marché, passants divers

27 euros
42

pompiers

12 euros
36

figurines assises dont la moitié troquées pour bus, trains

10,5 euros
30

chauffeurs routiers et conducteurs d´engins

11 euros
21

personnages dans la halle marchandises

17 euros
120

personnages divers assis, pour les terrasses, bancs de gare, sièges de train...

27 euros

     Et il y en a bien d´autres... Remarquez les prix : le consommateur à la terrasse du bistrot nous revient presque à moins cher que la cigarette qu´il fume :-))) Preiser vend aussi (vu dans le même catalogue, mais jamais en réalité...) des personnages à la décoration simplifiée, pour le fond du décor ou à finir soi-même (60 « passants » pour 40 euros).

     Quelle peinture ? Pour les grandes échelles, les livres (dont le très bon hors-série Loco-Revue sur la patine) et des magazines conseillent la peinture à l´huile qui permet des effets extraordinaires au niveau des mélanges, le temps de séchage étant très long. À nos petites échelles ces effets sont, je crois, impossibles à espérer (1).

     Réfractaire comme je le suis devenu depuis ma majorité envers les peintures Humbrol (impossibles à touiller pour les mates et impossibles à refermer proprement après la première utilisation -- et qui m´ont gâché mes jeunes années de modéliste), j´utilise surtout des acryliques à l´eau de sources diverses (grands magasins, grandes surfaces de bricolage...) et de marques Lefranc-Bourgeois « Déco Mat Opaco », Pébéo « Déco », Tamiya Color...

Moins immédiatement utiles pour des figurines mais je m´en voudrais de ne pas en toucher un mot en passant, les acryliques à l´eau de Polly-Scale (en vente par exemple chez Décotrain, cf. la « liste blanche » de Ptitrain), dont les incomparables et irremplaçables « oily black », « grimmy black », « engine black » et « aged white »... Je vous en reparlerai souvent au sujet du matériel roulant.

     Je termine la peinture d´une figurine par une couche de vernis mat pour protéger des manipulations (je n´en ai pas trouvé en acrylique à l´eau d´où le vernis Model Master ci-dessous, n´importe quel autre serait aussi bien).

     Dans chaque pot de toutes mes peintures, je place une bille métallique qui servira à faciliter le remuage intime de la peinture, en gagnant un peu de temps et d´énergie lors du secouage du pot. Ici, les « billes » sont des chevrotines (plomb cuivré) extraites de cartouches de chasse « 12 magnum ».

     

     On nous conseille souvent de peindre les figurines pendant qu´elles sont encore fixées sur leur grappe de moulage... Je ne le fais pas car je préfère tenir mieux en main mes personnages pendant la peinture.

     Et de toute façon, il faudra commencer par un léger meulage des bavures (bavures rares sur les Preiser, il faut l´avouer). Pour ce faire une fraise dite « diamantée » sur la mini-perceuse (sur un flexible de préférence) permet de polir très finement, sans risquer d´abîmer par dérapage, ou de se taillader les doigts !

     C´est à ce stade qu´il faudra aussi, au cutter, à la fraise, à la lime, franciser les modèles, dont certains sont teutons comme c´est pas permis (agents de police, cheminots...), ou de les changer d´époque : remplacer le casque de chantier époque V par le béret basque époque III :-)))

     Sur la photo de gauche, un terrible cheminot germanique a été transformé en un paisible agent S.N.C.F. : découpage du képi, suppression des poches de poitrine, ouverture du col...

     Pour faciliter la manipulation des modèles pendant la (longue mais amusante) phase de décoration, on va les fixer sur un support : des petits bouts de bois en carré de 1 cm (dont les extrémités sont coupées bien perpendiculaires : il faut que ça tienne bien debout !), dans lequels des épingles de couturière ont été fixées après qu´on leur a coupé la tête).

     Une bougie est allumée, l´aiguille est présentée à la flamme et après cinq secondes on enfonce l´aiguille dans... le fondement de nos figurines !

     On peut dorénavant les manipuler avec précision, la main tenant fermement le bout de bois, qui sert aussi de socle pour les étapes de séchage intermédiaires. 

     Première opération de peinture : on couvre les personnages intégralement d´une sous-couche de peinture. Je choisis la couleur chair pour cette sous-couche, chair qui sera épargnée lors de la suite des opérations à l´endroit du visage, des mains, des jambes... Selon vos exigences, vous utiliserez une teinte chair du commerce ou vous mélangerez plusieurs couleurs...

     Si vous faites des mélanges, pourquoi ne pas les garder et les réutiliser, plutôt que de réinventer la roue à chaque fois ? Munissez-vous de tout petits pots en verre (voir par exemple, en bas de la page 3 du « Réseau furtif », des idées de flaconnage). Donnez à vos mélanges des numéros et reportez ces numéros et un échantillon de la peinture obtenue sur un nuancier « maison ». Faites-en autant, pendant que vous y êtes, pour vos autres peintures car ce que l´on voit sur le couvercle du pot a rarement un rapport étroit avec ce que l´on obtient sur le modèle après séchage :-(((

     Le reste est affaire de patience... Utilisez des pinceaux adaptés, jusqu´au numéro zéro pour les cravates ou les bretelles de pantalon... Si vous croyez qu´un détail est impossible à recréer, prenez modèle sur les figurines du commerce que vous avez déjà achetées : c´est en voyant les minuscules boutons de cuivre sur un chef de gare Preiser du commerce que j´ai trouvé le courage de les « coudre » sur mon fonctionnaire ex-allemand -- et je m´y suis repris à trois reprises pour la première fois... Soyez fermes pour ne pas trembler : la figurine est fermement tenue par sa « poignée » de bois et les deux mains (et le socle dans certains cas) reposent sur la table de travail -- en fait, seul le bout du pinceau remue... C´est pour les toutes dernières touches de peinture que l´on manipulera le personnage avec les doigts après l´avoir débarrassé de son pal en acier...

     Pour insérer la figurine sur le réseau, deux solutions :

  • Ce que je ne fais pas mais que j´ai lu pour vous ailleurs : enfoncer à chaud (avec la bougie de tout à l´heure) un fil de 0,3 mm dans la jambe du personnage (il ne souffre pas, c´est sûr : des test ont été faits en laboratoire), puis enfoncer ce fil directement dans le décor, s´il est souple (Depron...) ou percer un trou de 0,3 si le décor est en dur (plâtre...).
  • Moi, je préfère que mes personnages soient mobiles : je ne veux pas que mes quais de gare, mes trottoirs de ville ou la cour de mon usine soient définitivement couverts de foules fixes ; tout doit bouger, si nécessaire pour une seule photo (c´est le « syndrome John Allen » !) ; et les époques doivent pouvoir changer, du début de la III à la fin de la IV, avec des automobiles, des affiches publicitaires, des trains et... des figurines différents...

     Aussi je colle sous mes personnages des « socles » découpés dans une fine feuille de plexiglas à l´aide d´un perforateur de bureau. Une minuscule gouttelette de cyanolite assure le collage. Voyez le résultat sur la photo de droite. Ça brille un petit peu, mais ça reste assez discret pour mon goût...

     Et si vous vous demandez depuis le début pourquoi ces personnages sont... « en quête de hauteur » (eh bien bravo, ça prouve que vous suivez !), c´est qu´ils vivront à plus de deux mètres du sol, sur mon réseau suspendu :-)))

La suite...

(1) Nous recevons à ce sujet une amicale contestation de Ricky, un talentueux figuriniste dont vous pouvez lire le courrier.
Ricky, qui en septembre 2001, nous enseigne sa propre méthode de peinture des figurines à l´acrylique Vallejo.

JiDé

Mai 2000

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