La page de Ricky

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2. Comment patiner... sans patins !
ou Comment vieillir et salir artificiellement
vos modèles réduits ferroviaires...

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Vous venez de passer un grand nombre d´heures à détailler et peindre une locomotive ou un wagon de marchandises. Pourquoi, me direz-vous, ensuite le patiner ? En fait, le matériel roulant ferroviaire commence à montrer des signes d´exposition aux intempéries dès qu´il quitte l´atelier de peinture. Ces effets peuvent aller d´un simple voile de crasse à d´épaisses couches de salissure et de rouille. Les bâtiments n´échappent pas à cette règle : la peinture pâlit et s´écaille, le bois devient grisâtre et les affiches peintes sur les murs pâlissent  ! En patinant vos modèles, vous recréez ces effets des intempéries, rendant par-là même vos modèles réduits plus réalistes. La patine permet par ailleurs de souligner les détails en les faisant ressortir par rapport au modèle…
La réussite d´une patine tient principalement en deux points : comprendre comment et pourquoi elle apparaît dans la réalité et déterminer la meilleure méthode de la copier en modélisme. Pour garder une répartition naturelle, certains modèles seront fortement salis, tandis que la majorité des autres resteront dans une “moyenne”, voire carrément tels que sortis de la boîte (mais si, il existe des wagons propres. Il faut toutefois garder à l´esprit qu´une patine n´a pas nécessairement besoin d´être appuyée pour donner un bon effet. En fait, ce sont surtout les légers et subtils contrastes de patine (voiles, etc.) qui donneront le meilleur rendu sur votre modèle.

Les techniques

Il existe différentes techniques pour réaliser la plupart des patines : le brossage à sec (ou dry-brushing) à l´acrylique ou aux poudres de craies de pastel (voire de terre à décor), le lavis (washing) à la peinture acrylique ou aux pigments liquides, et les voiles appliqués à l´aérographe (sprays). Ces différentes méthodes conviennent autant au modèle “fini d´origine” qu´à celui que vous avez assemblé et peint vous-même (kit, super-détaillage, etc.).
Utilisez de préférence des peintures mates, excepté pour l´imitation des coulures de pétrole et de graisse où vous utiliserez plutôt de la peinture brillante. Vous trouverez ci-dessous une liste des coloris principaux utilisés en patine et leurs utilisations. Mais libre à vous d´utiliser plus de coloris, selon ceux de votre matériel roulant et la localisation géographique.

Peintures pour patine

Peinture

Utilisation

Noir, noir sale, noir de patine, gris

Saleté (crasse), boues, terres et poussières.

Noir brillant

Coulures de pétrole et de graisse

Terre, sable, cuir (“tan”)

Poussières, sable…

Bruns (terre de Sienne brûlée, terre d´ombre brûlée, brun bois, etc.)

Vieille rouille foncée, boiseries, etc.

Rouille, orange

Rouille fraîche (claire)

Blanc, gris béton

Peinture pâle, coulures des lettrages, de chaux, de graviers, etc.

Le brossage à sec (“dry-brushing”)

Les peintures à l´eau, comme les Vallejo (acryliques) sont idéales pour le dry-brushing car elles peuvent être enlevées avec un chiffon humide directement après leur application. De plus, elles ne contiennent pas de solvants chimiques, dangereux et toxiques, contrairement aux peintures glycéros et cellulosiques (Humbrol, Revell, etc.).

On commence par tremper une brosse dans la peinture, puis on l´essuie sur un chiffon propre pour éliminer presque toute la peinture du pinceau. Alors, avec le pinceau presque sec, on brosse du haut vers le bas, en raies, sur la paroi du wagon ou du modèle. Cette technique est idéale pour réaliser les effets de peinture écaillée et de coulures de rouille, de crasse et de boue. On peut varier la quantité de peinture sur le pinceau ou la pression du pinceau sur la surface pour obtenir différents degrés de patine. Si l´on doit appliquer la peinture sur une zone bien définie (lignes de rivets, etc.), on peut réaliser un pochoir dans une feuille de carton léger (160 g/m2) puis la poser sur le modèle à l´endroit déterminé et brosser à travers l´ouverture. Attention, le dry-brush abîme les pinceaux. Il vaut donc mieux utiliser des pinceaux usagés pour cette opération.
Pour les craies de pastel, on peut les gratter avec un cutter pour obtenir la poudre ou encore les frotter sur du papier émeri. Cette poudre (ou la terre à décor) est appliquée avec un pinceau plat “langue de chat”. Après application, bien veiller à fixer la craie avec du fixatif plastifiant mat pour fusain et pastel.

Le lavis (“washing”)

J´utilise principalement la peinture acrylique Vallejo (diluée à l´eau) pour les lavis, en la diluant à raison d´une part de peinture pour six parts de diluant. Encore une fois, si vous n´aimez pas le résultat atteint par un lavis, vous pourrez le nettoyer immédiatement après application avec un chiffon humide. Un autre avantage de ces peintures est qu´elles n´agressent pas les couches de peintures précédentes ni les décalques, contrairement aux peintures glycéros et cellulosiques.
Le lavis est appliqué avec un large pinceau plat àpoils souples. Je l´applique de haut en bas, en ne m´arrêtant pas au milieu, cela provoquant l´apparition de traces de pinceau sur le modèle. Le résultat sera le rendu, à l´échelle, des effets de coulures de la crasse lavée par l´eau de pluie. Cette technique est aussi utilisable dans le cas de la patine d´un bâtiment qui subit les mêmes contraintes d´intempéries que le matériel roulant. De plus, les coulures ont tendances à l´agglutiner au niveau des lignes de rivets et de structures, au niveau des renforts ainsi que des rayures imprimées par le coulissement des portes dans la paroi du wagon. Le lavis en miniature aura la même tendance, ce qui imitera parfaitement les effets de la patine réelle. J´utilise du noir, du noir sale, des bruns et autres couleurs pour réaliser les effets d´encrassement et de corrosion.
On peut en outre obtenir différents degrés de patine en superposant les lavis. En outre, on peut aussi utiliser un pinceau rond fin pour souligner les lignes de rivets et de structures d´un wagon de marchandises d´un lavis de rouille, qui est suivi d´un lavis de noir sale sur tout le wagon. Attention toutefois à bien laisser sécher chaque couche de peinture avant de réaliser un nouveau lavis, sinon on court le risque que le lavis précédent se dilue en partie dans le lavis suivant, créant un effet inégal. Un truc pour activer le séchage est d´utiliser un sèche-cheveux à faible température pendant une minute. Une autre méthode est de protéger le premier lavis par une couche de vernis appliquée à l´aérographe.
Un autre produit, lancé par la marque de flocages et d´accessoires Woodland Scenics, est aussi efficace : il s´agit des pigments liquides. Ils sont vendus en flacons d´environ 50 ml dans dix teintes différentes. Ces teintes conviennent pour la plupart des usages au niveau de la patine et sont utilisées de la même manière que les acryliques. Ils se diluent à l´eau, et permettent d´obtenir une patine plus “douce” que par les peintures acryliques, ce qui est fort utile pour me permettre de varier l´intensité de la patine.

Le voile à l´aérographe (“spray”)

De légers voiles de peinture rendent bien les effets de traînées d´échappements, de résidus de fumées, et des couches de crasse. On utilise des mélanges de peintures acryliques (Vallejo Model Air ou Testors Accu-Flex, se diluant toutes deux à l´eau) ou glycéros (Revell, Humbrol, Italeri-Testors... qui se diluent soit au “thinner” cellulosique ou au white-spirit). Les peintures acryliques étant déjà pré-diluées, on peut les utiliser telles quelles ou ajouter du diluant si la pression de l´air est faible. Pour les peintures glycérophtaliques, elles seront diluées à raison d´une part de peinture pour 8 parts de diluant ou plus. Les peintures diluées selon ce rapport sont plus faciles à mettre en œuvre, permettant de ne pas risquer de réaliser un effet trop prononcé en un seul passage. Pour ce qui est de l´aérographe, un “double action” à mélange interne est un “must”, car il permet l´application de la peinture en fins voiles, au contraire d´un mélange externe qui vaporise de plus grosses particules de peinture.

Protéger la patine

Comme pour les décalques et transferts à sec, il sera idéal de vaporiser une fine couche de vernis mat sur le modèle après patine. Comme certains effets de patines sont créés par des mélanges fort dilués de peintures ou des peintures sèches ou presque sèches, ces peintures n´accrocheront pas aussi bien à la caisse qu´une peinture normalement diluée. Il est conseillé d´utiliser un vernis mat, satiné ou brillant, selon l´effet que vous désirez obtenir (vernis mat est le plus souvent). Pour les craies de pastel, le fixatif mat s´impose.

Conclusion

La clé d´une patine réussie, c´est de rendre le modèle crédible. Des taches de crasse ou de rouille disposées abondamment peuvent rendre un modèle “sale” , mais ne le rendront certainement pas réaliste. Il faut de préférence se baser sur des photos de modèles réels. Donc, dès que vous vous rendez dans un dépôt, un faisceau de triage ou une gare marchandises, gardez votre appareil photo en main car vous pourrez alors photographier des wagons, locomotives ou voitures voyageurs passablement sales, photos qui vous permettront de mieux cerner le type de patine à appliquer à vos modèles réduits. Gardez aussi à l´esprit l´époque de votre réseau. Des wagons construits dans les années 60 et 70 ne seront pas fortement patinés, tandis que des wagons datant des années 50 montreront une patine plus accentuée sur un réseau époque IV, et ceux datant d´avant-guerre montreront une patine fortement accentuée. Il faut penser aussi au type de wagon : certains sont entretenus plus souvent que d´autres, et se salissent plus fortement que d´autres aussi. Un vieux wagon présent sur une voie de garage en gare (bon à ferrailler) recevra quant à lui une patine maximale ou vous pourrez vous en donner à cœur joie avec la rouille et les voiles accentués de crasse.
Pour achever, je dirai qu´il n´existe pas une bonnes et des mauvaises méthodes, mais que la méthode importe peu si le résultat est crédible. À vous, sur la base de ces conseils, de développer votre propre technique.
 Dans un prochain article, je vous apprendrai comment réaliser un tag comme celui de cette photo sur vos wagons et voitures voyageurs.

Nota bene : Éric Sainte, dit « Ricky56 », présente d´autres réalisations et tours de main sur son propre site Internet, Trainmaster. Il est membre de l´A.L.A.F.. On peut lui écrire, et c´est aussi un membre actif de la liste Ptitrain. Cet article a été auparavant publié dans la revue de l´A.L.A.F. Grâce à l´aimable autorisation de ce club, cet article peut être publié dans les pages de Ptitrain.
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À bientôt,

Ricky.

Janvier 2002.
Ptitrain, l´e-magazine du train éclectique... — Directeur de la publication : Christophe Franchini.
Rédacteur en chef : Jean-Denis Rondinet. — Rév. 09/07/2002 7:27