Compteur “4017” : questions-réponses (12)

M.L.I., poulain ? La “modulation de largeur d´impulsions” est-elle le poulain de Ptitrain ? C´est en tout cas la deuxième fois que nous publions un schéma (simplifié) de M.L.I. (1), solution moderne de pilotage des moteurs jusqu´à l´extrême ralenti.
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Fred. — À la suite de la page précédente (motoriser une grue sur portique), je vous joins ce schéma qui, lui, est une pure commande numérique ! Ça n´est pas conçu comme une super-commande de traction réglable au quart de poil, mais plutôt comme un “changement de vitesses” pour des moteurs animant le décor ; ça économise un engrenage par exemple, si on veut freiner un moteur de bas de gamme.
Hello Fred, bonne idée en effet ; ton montage rappelle le nec plus ultra du pilotage de moteurs par ordinateur, c´est ce qu´on appelle la M.L.I. (modulation par largeur d´impulsions) ou P.W.M. (pulse width modulation) ; on dit parfois “haché” ou “pulsé”. De nombreuses alimentations de trains miniatures fonctionnent déjà sur ce principe.
Pendant chaque unité de temps (t), on envoie au moteur du courant un certain nombre d´impulsions positives , ou rien du tout . Selon le rapport entre le nombre des impulsions et ce rien du tout, le moteur tourne plus ou moins vite (ou l´ampoule brille plus ou moins fort). Dans le graphique ci-dessous (en bleu la tension aux bornes du moteur, en noir les impulsions d´horloge) :

— En [A] on envoie des impulsions 3/8 du temps, et on repose le moteur 5/8 de ce temps.
— En [B] une seule impulsion pour 7 temps de repos (le moteur tourne à l´extrême ralenti et ne “cale” pas).
— En [C], on alimente le moteur 100 % du temps : c´est la course !
Ici, on a choisi 8 impulsions, car le schéma est simple : le moteur pourra prendre neuf vitesses différentes, de 0 à 8. Ça n´est pas beaucoup (le but était d´animer des moteurs bas de gamme pour le décor), et une “vraie” alim M.L.I. est plus souvent définie sur plus de “bits” que cela (16 à 128)...

Montage 12 Avantages Montage 13 Montage 14 Montage 15
D´abord, on envoie aux moteurs ou aux ampoules (voire aux haut-parleurs, car la M.L.I. est aujourd´hui employée aussi dans les amplis hi-fi) des trains d´impulsions numériques telles qu´un ensemble informatique est capable d´en envoyer, zéros et uns sans traduction d´aucune sorte ;
ensuite, le moteur reçoit des impulsions plus ou moins longues mais avec une tension maximale (12 volts pour un moteur 12 volts), ce qui combat l´inertie au démarrage sous tensions basses qui ruine nos efforts pour obtenir d´extrêmes ralentis ;
le courant et la tension sont envoyés en “tout ou rien”, ce qui est reposant pour les composants électroniques, qui ne chauffent pas et donc ne vieillissent pas.

Montage 11 Montage 13 Inconvénients Montage 14 Montage 15
La rumeur court que les moteurs R.S.F., à “rotor sans fer”, ne supportent pas longtemps ce régime d´allumages-extinctions cadencés ; comme ils équipent en général nos locomotives les plus coûteuses, il est normal que nous n´ayons pas de statistiques portant sur des milliers d´heures ... Dans le doute on a tendance à s´abstenir ! Si l´on a peur, une alim M.L.I. revient “normale” par l´adjonction d´un simple condensateur à sa sortie. De toute façon, la M.L.I. n´augmente pas les capacités d´un bon moteur, alors qu´elle vous deviendrait vite indispensable pour une vieille merdouille de chez Jouef...
La rumeur (2) est tout aussi inconsistante quant à la fréquence idéale de “hachage” (fréquence = 1/t ; t en secondes, f en hertz) du courant, les uns prônant de la “haute fréquence” (1 à 20 kHz) pour le “silence du moteur”, les autres du 80 hertz, les troisièmes (les plus nombreux) restant silencieux sur le chiffre...
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Passons aux faits : soit un 4017 piloté par une horloge (voir plus loin) ; on se sert de huit sorties des dix sorties (car les interrupteurs miniatures utilisés sont vendus par bloc de huit) :

Quand aucun interrupteur n´est fermé on trouve zéro volts au point P (R1 est une “résistance de tirage” qui assure que le point P ne reste jamais “en l´air” ).
Quand (exemple du schéma ) trois interrupteurs (6-7-8) sont fermés sur les huit (n´importe lesquels, d´ailleurs, mais il faut qu´ils soient voisins les uns des autres : 2-3-4, 4-5-6... mais pas 2-5-7), alors le point P reçoit un cinq huitièmes du temps, et un trois huitièmes du temps (on retrouve le schéma du début, dans la situation [A]) ; deux portes logiques non-et (d´un circuit 4093 - note 3) montées en tampon (deux inverseurs qui se suivent font un ampli) transfèrent ce même signal (cinq et trois ) sur la grille G d´un transistor MosFet canal N. Par principe, celui-ci laisse passer du courant entre son drain D et sa source S quand il reçoit des sur sa grille : il laisse donc passer le courant pendant 3/8 du temps... Le moteur tourne aux 3/8 de sa vitesse maxi. C.Q.F.D...

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La tension positive utilisée pour le moteur (dans le schéma, deux “plus") pourrait être différente de celle utilisée pour le reste du montage (ici, un “plus”) ; ce serait le plus raisonnable si l´on a peur des parasites. Sinon, on alimentera le montage et le moteur avec le même “plus”. Dans le premier cas, la masse sera commune au deux alim ;
vous remarquez que le 4017 n´est pas utilisé sur sa sortie s1 ; en effet, la sortie "1" de la barrette d´interrupteurs est reliée directement au + 12 V, ce qui assure la vitesse maxi, le 4017 et la M.L.I. étant carrément ignorés ;
on pourrait utiliser aussi les sorties s9 et s10, en câblant dix interrupteurs au lieu de huit ; dans ce cas la patte 15 (ràz) serait reliée à la masse ; le moteur aurait dix “crans de marche” au lieu de huit ;
la diode D1 “anti-étincelle”, montée “à l´envers”, protège le MosFet, comme on en a désormais l´habitude pour commander tout ce qui possède un bobinage (relais, moteur, bobine d´aiguillage) ; les avis sont partagés sur la position à lui donner — certains ptitrainistes pensent que (pour des FetMos seulement !), elle serait plus efficace non aux bornes du moteur mais à celles du MosFet ; cela dit, tous les “gros” MosFet ont cette diode intégrée ;
le MosFet sera par exemple un BS170 (qui n´a pas de diode intégrée) qui coupe jusqu´à 500 mA, ou un gros IRFZ44 (avec diode intégrée) qui monte jusqu´à... 50 ampères pour la modique somme d´un euro et demi !!!
les mini-interrupteurs peuvent avantageusement être remplacés par toute solution mécanique à votre convenance (relais, pédales) ou électroniques (portes 4066) ou informatiques (sortie “parallèle” d´ordinateur)...
quoiqu´un 555 utilisé selon nos habitudes puisse jouer ce rôle, l´horloge pourra aussi être fabriquée gratuitement avec la 3e porte disponible (ci1a) du circuit 4093 qu´on utilisait tout à l´heure en tampon . Le choix de C2 et R2 dictera la fréquence de hachage choisie : par exemple, 120 k et 100 nF pour 80 Hz, valeurs que vous pourrez tester sur des moteurs en votre possession ;
le 4e et dernier quart du 4093 (ci1b), une porte inutilisée pour ce schéma, devra voir ses entrées reliées à la masse .


(1) Une autre petite solution M.L.I. était présentée sur une de nos pages sur le 555. — Velleman vend un kit M.L.I., très fort courant (6 ampères), période réglable de 100 à 5000 Hz, au faible prix de 21 euros.
(2) L´opinion résumée de l´A.M.F.N. (Nice) : “Nos moteurs R.S.F. ont fonctionné des dizaines d´heures en M.L.I., sans inconvénients”. — André Gay a aussi choisi une basse fréquence. — L.-R. défend le plus souvent le 200 Hz environ. Sur la liste Ptitrainmatique (le fil commence au message 6258), Alain Laurent nous dit :
“Pour ce qui est du 80 Hz, effectivement, la polémique fait rage, mais je n'ai encore jamais eu à mettre un moteur a la poubelle. D'autre part, quand on augmente la fréquence, l'impédance du bobinage augmente également, et donc, le courant maxi subira une limitation croissante. Si on insiste, le temps de montée du courant dans le rotor devient tel que la période (t) est terminee avant que l'intensité ait eu le temps de s'établir. Le couple devient nul, et le résultat est à peu près le même qu'avec une alim traditionnelle. Il est impératif d'utiliser une fréquence de hachage assez basse pour avoir le couple maximum à très basse vitesse, ce qui est bien l'effet recherché.”
“(...) Les moteurs à rotors sans fer subissent, paraît-il, des déformations quand on utilise des fréquences inférieures à 80 Hz, mais je n'ai pas sacrifié une loco pour vérifier. Les utilisateurs de 80 Hz n'ont, semble-t-il, pas eu à déplorer de problèmes.”
(2 bis) Le moins qu´on puisse dire, c´est que la rumeur est en pleine forme ! Dans Loco-Revue de ce matin, 15000 Hz sont considérés comme bénéfiques pour les moteurs R.S.F. et classiques (“fonctionnement silencieux, échauffement moindre”).
(3) Le 4093 est un circuit à quatre porte non-et à trigger de Schmitt ; on en a parlé sur notre page Trigger.

Note. — Les mots marqués d´un astérisque (*) sont ou seront expliqués dans le “P´tit dictionnaire du Meccano électronique”.
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Jidé

03.10.2004 15:23

Ptitrain, l´e-magazine du train éclectique. — Directeur de la publication : Christophe Franchini.
Rédacteur en chef : Jean-Denis Rondinet