Durango and Silverton, Colorado (1)
La vie est pleine de surprenantes coïncidences !  Par exemple, chaque fois que nous partons en vacances, le hasard le plus complet fait qu´il y a toujours une ligne de chemin de fer intéressante ou un musée de la vapeur là où nous avons choisi d´aller ! Vraiment étrange, non ? Quoi qu´il en soit, le destin nous ayant conduits ce printemps à Durango (Colorado), voici un petit reportage sur une journée passée au coeur du royaume de la voie étroite américaine la plus spectaculaire.
Deux doigts d´histoire... C´est la découverte de gisements d´or et d´argent dans le massif des San Juan Mountains, dans les montagnes Rocheuses, qui déclencha, vers 1880, la construction de plusieurs lignes à voie de 3 pieds (90 cm). Leur but était naturellement de desservir les mines et les nouvelles “villes” qui poussèrent comme des champignons dans ces régions jusqu´alors à peine explorées et presque inaccessibles. Avec l´épuisement des filons, d´abord, et la construction de grands-routes, ensuite, les lignes sont devenues graduellement inutiles et ont disparu, pour la plupart avant la Seconde Guerre mondiale. Heureusement, il s´est trouvé des investisseurs éclairés pour comprendre à temps l´intérêt touristique de ces reliques, et quelques tronçons ont été sauvés du déferrement et remis en exploitation pour les touristes. Tel est le cas de la ligne du Denver & Rio Grande Western entre Durango et Silverton. Sauvée avec un remarquable échantillon du matériel roulant original, la ligne s´appelle maintenant (sans surprise !) le Durango & Silverton Narrow Gauge Railroad, et opère avec un succès étourdissant (Il faut réserver sa place plusieurs mois à l´avance en haute saison.) Les trains sont uniquement en traction vapeur. Pas de diesel sur le D.S.N.G.R.R. !
La ligne en bref. Suivant d´assez près, sur tout son parcours, la vallée de la rivière Animas (en réalité “Rio de las Animas Perdidas”, la rivière des âmes perdues — tout un programme) la ligne est longue de 72 km (45 miles). Le D.S.N.G.R.R. est un chemin de fer de montagne, pas de doute possible là-dessus : la ville de Durango, son point de départ, est située à 1 997 m d´altitude, et son terminus, Silverton, est à quelque 2 828 m. Cela donne environ 830 m d´ascension, essentiellement dans les 50 derniers kilomètres. C´est dire si ça grimpe fort et longtemps !
Une trop rapide visite. Nous n´avions, hélas, qu´un seul jour à passer dans la région, et comme le voyage aller et retour vers Silverton prend le plus clair d´une journée, il n´était pas question, pour cette fois, de prendre le cheval de fer. Nous nous sommes donc contentés de monter en voiture en suivant le train. De toute manière, en cette saison, ce dernier ne va pas plus loin que la petite station de sport d´hiver de Canyon Cascade, située à mi-chemin de Silverton: c´est qu´en règle générale, la neige est encore bien présente en altitude a la mi-avril.
En voiture ! Huit heures et demie à l´horloge de la gare de Durango . Les voitures sont à quai et les passagers embarquent déjà.
À l´arrière du convoi, la luxueuse et antique voiture-bar et son personnel . Dans la fraîcheur relative du matin, on voit s´élever la fumée de la locomotive que l´on prépare près de la remise mais qui n´est pas encore visible. Enfin, vers 8 h 45, la voici !
C´est la 486 qui est de service ce matin. Une superbe K36, 141 à châssis extérieur. Elle traverse la rue pour prendre l´aiguille d´entrée de la gare et rebrousse pour se mettre en tête du train . Comme il se doit, un concert de cloche et de sifflet accompagne la manoeuvre.
Le quart d´heure qui reste avant le départ nous donne l´occasion d´apprécier à l´aise les détails de la machine, les excentriques massifs et la coulisse du changement de marche . All aboard! c´est parti ! Le train s´ébranle, traversant une nouvelle fois la rue . Il nous faut maintenant courir rechercher l´automobile pour tenter de le suivre aussi loin que possible.
La première partie du trajet jusqu´à Hermosa (et la seule, hélas ! accessible en voiture) est presque à plat dans la vallée des l´Animas. Elle est parallèle à et proche de la route 550, ce qui permet quelques clichés au passage . À Hermosa, les choses se corsent. La voie traverse la route et commence à monter sérieusement .
Quelques kilomètres plus loin, dernière rencontre entre route et ligne : le convoi va bientôt passer sous un pont routier et disparaître pour de bon dans les gorges de l´Animas. La machine monte soupapes levées... Dernière rencontre ? Peut-être pas ! À condition de faire vite, un petit chemin très raide en terre battue nous permettra d´arriver les premiers àRockwood, minuscule station desservant un non moins minuscule village d´été. Gagné !
À partir d´ici, commencent les gorges abruptes où il est interdit et dangereux de s´aventurer à pied... Dommage et bye-bye  ! On se console en tournant autour d´un train de travaux lilliputien qui dort au soleil sur une voie latérale , quand soudain un bruit de moteur à explosion précède l´apparition d´un majestueux engin  ! C´est la draisine de service, qui s´époumone derrière le convoi. Aux commandes, un sympathique employé du D.S.N.G.R.R. nous fait signe: Ici, le visiteur est roi et a droit à tous les égards. Et maintenant, en route pour Silverton (où nous ne reverrons pas le train puisque, rappelons-le, il n´ira, aujourd´hui, pas plus loin que Cascade Canyon)...

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N.-B. — Toutes les photos sont © Philippe Moniotte pour Ptitrain

Ptitrain Reportages 2002 De notre envoyé spécial, Philippe Moniotte
Philippe
Moniotte,
mai 2002
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