Ptitrain Reportages la P.C. Est (1999)

Balade sur la Petite Ceinture Est

Décembre 1999

 

Organisée par l´Association pour la sauvegarde de la Petite Ceinture et de son réseau ferré

 

     La voie ferrée la plus récente de France ! Non, ça n´est pas une L.G.V. à 300 à l´heure, ni un Météor déshumanisé, ni un vulgaire Eole ! C´est dans l´est de Paris, et on y roule... en marche à vue ! Le ballast y est tout neuf — il a été posé il y a quelques heures... rien que pour nous !


     Samedi 4 décembre 1999 : bien avant l´heure du départ, il y a foule (c´est l´impression que j´en ai eue, il semble que les organisateurs sont aussi satisfaits : deux mille voyageurs pour les trois allers-retours !) sur les quais de Paris-Bercy (trains auto) et de Paris-Nord. Votre envoyé spécial est reconnu : “Vous ne seriez pas le Jidé de Ptitrain ?” Est-ce le début de la gloire ? 

     Un couplage (ou un U.M. ?) d´autorails X-4630 modernisés de la région Picardie va emmener sa cargaison de curieux, de ferrovipathes et de citoyens défenseurs des transports en commun pour une “reconnaissance” de ce qui pourrait revenir à la vie, après soixante-cinq ans de jachère.


     Démarrage, franchissement du pont National sur la Seine, arrêt puis refoulement : une partie du raccordement de Bercy vers la Ceinture a été déposée, nous obligeant à une petite acrobatie. Gare de la Rapée, juste à côté de la gare frigorifique : une station en ruines, un poste d´aiguillage rescapé, mais désaffecté depuis quelques années. Bel-Air-Ceinture : on franchit l´ancienne ligne de la Bastille, dite aujourd´hui “Coulée verte”. On nous explique quel dommage ce fut de supprimer cette antenne ferroviaire vers le centre de Paris... Premier arrêt-photo en gare, sur le cours de Vincennes, juste après le viaduc de 80 mètres qui le surplombe.

     Première impression : les riverains se sont bien installés “comme chez eux” et ceux qui nous font “coucou” avec la main feraient peut-être grise mine s´ils connaissaient les projets que nous défendons aujourd´hui, pétitions à l´appui... Comme ci-dessus, des immeubles sont implantés à deux mètres de la voie ferrée actuellement endormie... Ailleurs, des petites terrasses bien “cosy” avec pelouses et meubles de jardin s´étalent avec discrétion, loin de la rue. Cachés aussi, sauf pour nous, d´immenses jardins potagers très actifs un samedi après-midi... en plein 20e arrondissement !

     Deuxième impression : c´est le royaume du tag ! Jusqu´à la surface des rails rouillés qui sert de support à mille signatures... Ce “street art” se décline partout (j´ai même vu des buissons tagués en bleu !), du vulgaire graffiti jusqu´à des fresques polychromes grandioses -- vers la gare du Nord, c´est la S.N.C.F. qui a carrément peint ses tranchées en couleurs vives : pour dissuader les peintres de la nuit ? Ou pour leur offrir une sous-couche ? Dans nos compartiments, les commentaires vont bon train sur cet envahissant “onzième art”, de l´admiration la plus jack-languienne jusqu´aux grognements... légèrement anti-jeunes 


     Le voyage continue. Après la rue d´Avron, la gare de Charonne, dont l´extérieur (sur la rue de Bagnolet) est resté “d´époque” (voyez, sur une carte postale d´époque exposée sur le site du “Flèche d´Or Café”, comme ce bâtiment voyageurs semble “moderne”) et qui est aujourd´hui reconvertie en café et salle de spectacle. J´entends dire, sans surprise, que les occupants actuels ne seraient pas des fanas de la réouverture de la ligne !

     Aussitôt après, on s´engouffre dans le tunnel qui passe sous le cimetière du Père-Lachaise (interminablement long à la vitesse qui est la nôtre, en marche à vue ; en fait, il ne mesure que 1200 mètres). On dit qu´on cessa de creuser des tombes au-dessus de la voie ferrée après qu´un effondrement de la voûte eut lieu, dès le début de l´exploitation.

     Passage dans la gare de Ménilmontant, sous la fameuse passerelle “de la Mare”, classée monument historique... Encore un long tunnel, et l´on débouche dans les Buttes-Chaumont.

     Troisième impression : verdure, verdure, verdure !

     Que ce soit, comme ci-dessus à gauche, un décor arboré préparé par la main de l´homme, dans la tranchée qui parcourt le parc des Buttes-Chaumont — ou que la nature ait repris ses droits d´elle-même comme sur la majeure partie du parcours... Les branches fouettent les fenêtres ouvertes de nos autorails. L´essence reine, c´est l´acacia !


     On arrive à l´ancien “Paris-Bestiaux” : ce n´est pas le sobriquet d´une gare de banlieue... mais l´ancienne gare de transit des bovins en direction des abattoirs de la Villette ! Puis c´est la traversée des canaux.

     On traverse ici “la Cage”, le double pont à croisillons métalliques qui franchit le canal de l´Ourcq, dans le 19e arrondissement ; on aperçoit à droite la cité des Sciences et sa Géode.

     C´est dans ce secteur que le ballast sent encore le frais, tout gris, tout rose : on aurait fini de le poser... hier ! Mais, sur un mur de soutènement, on lit encore “CFC” (chemins de fer de ceinture). La première circulation voyageurs sur ce tronçon Est de la Ceinture remonte à 1862 (les huit premières années de la ligne depuis 1854 ne virent rouler que des marchandises et des militaires) ; la dernière rame voyageurs a disparu en 1934 — après que le record de fréquentation eut franchi les 39 millions de passagers par an... Le dernier train de marchandises est passé en 1993...

     Arrivée dans les parages de l´Évangile, future station d´Eole : une petite lumière (ci-dessus) dans l´un des deux seuls postes d´aiguillage qui survivent sur la ligne. Celui-là est encore en service -- mais exceptionnellement ouvert un samedi, rien que pour nous ! Le reste de la semaine, du trafic est écoulé pour les dépôts Sernam et de La Poste.

     Et nos autorails se fraient un chemin parmi les Eurostar jusqu´aux quais de la gare du Nord... fin du voyage...


     Vue d´avion, la Petite Ceinture telle que la rêvent les organisateurs de la virée d´aujourd´hui : des tramways électriques organisés en trains plus ou moins longs et susceptibles de rouler soit en site propre sur la voie récupérée de la Ceinture, soit sur route. Circuleraient également des “tramways de fret”...

     Vues en gare de Paris-Bercy, les deux maquettes du “Tram-Train” de Bondy-Aulnay et de la Ceinture conçues par la S.N.C.F. pour l´association ; la petite maquette ci-dessus, à l´échelle N, est magnifique (elle est signée d´Alain Pras : oui, le nôtre — enfin celui de Jouef, de M.K.D., du Village de France... et du fameux livre écrit avec Lamming).

Pour continuer cette balade grâce à des liens Internet :
Rendez-vous sur la riche page de “liens” de l´A.S.P.C.R.F. que nous a signalée Bruno Bretelle :
Association Sauvegarde Petite Ceinture,
11, rue Oswaldo-Cruz - 75016 Paris - Téléphone 01 40 50 87 07
association@petiteceinture.org - www.petiteceinture.org
Sans négliger (bien que ce ne soit pas “hypertexte” !) “la Petite Ceinture de Paris”, aux Éditions de l´Ormet (photos d´époque ; nombreux plans anciens ; locomotives et voitures).

Jidé

Ptitrain Reportages La P.C. Est (1999)
Ptitrain, l´e-magazine du train éclectique... — Directeur de la publication : Christophe Franchini.
Rédacteur en chef : Jean-Denis Rondinet. — Rév. 07/07/2005 11:46