Le moulage de la résine
Beuret ChristopheSalut à tous — Une discussion hier sur le forum N-Spur-Schweiz et avec un ami modéliste non internautes m´ont laissé quelques questions que je m´empresse de soumettre aux experts de la liste...
Est-il envisageable de mouler soi-même des petites pièces en résine ? Quel matériau utiliser pour le moule ? Quel type de résine utiliser ? Quelqu´un a-t-il de l´expérience en la matière ? Je n´ai rien trouvé dans les archives de Ptitrain. Merci à tous pour le brainstorming qui s´annonce ! — Ferrovicalement, Christophe
Xavier ThirietEn général, la prise d´empreinte n´est pas un problème. C´est la coulée qui constitue l´obstacle majeur (petite pièce => difficulté pour que la résine s´infiltre bien partout).
J´un un collègue (dentiste prothésiste de son état, donc naturellement rodé au moulage) qui fait des miracles depuis des années (avait par exemple construit intégralement une Sybic en N, qu´il a re-moulé pour un ami), et ce avec des produits pas vraiment adaptés (prise d´empreinte classique avec 2 types de silicone (un “grossier“ pour la solidité du moule, et un “fin“ pour bien reprendre les détails), et résine 2 composants (poudre et une cochonnerie de méthacrylate). Mais ça marche (moulage de lanterne AVEC la poignée!!!!).
Je dois tester le même genre d´exploit avec les produits Kairos (du moins avec la résine de coulée, car je préfère prendre l´empreinte avec du silicone à modeler plutôt qu´à couler). Mais comme j´ai d´autres trucs à faire avant...
Cela dit, mes premiers essais “en vitesse“ de la résine Kairos sont prometteurs : elle est très fluide, et on peut peut-être envisager un moulage par injection, avec une seringue... Peut-être... — Salutations
Jacques SentisAu salon du modélisme 2000, sur le stand FFMF, un des ateliers était consacré au moulage en résine de petites pièces. Plaques loco, macarons, dômes, grilles, etc...(toute pièces sans contre-dépouille pour moulage simple) La prise d´empreinte était effectuée en Plastiline (pâte à modeler) à partir de pièces diverses (plastique ou laiton), puis la résine forcée dans les intersticesà l´ aide d´ un pinceau fin. La résine utilisée était une résine polyuréthane de chez Adam ou Rougié et Plé vendue en 2 boites d´ un kilo composées d´ une boîte de résine et d´ une boîte de catalyseur (mélange 50/50) ce qui simplifie les opérations. La couleur est blanc-crème et le démoulage s´obtient en 20 minutes. Pour des tirages plus conséquents, on peut remplacer la Plastiline par du Rhodorsyl (mêmes adresses que la résine) qui est un élastomère polymérisé qui reste souple et permet le moulage de pièces plus tourmentées (avec contre dépouille). Un sorte de Rhodorsyl (le rouge je crois) supporte même la coulée de métal à bas point de fusion (résiste à 350 °C).
Philippe MoniotteBonjour — C´est un domaine qui m´intéresse depuis longtemps et dans lequel j´ai accumule quelque´expérience, tout en restant dans les limites de la désormais légendaire “table de cuisine .
 La réponse est OUI c´est possible et pas très difficile, surtout si on ne souhaite que quelques pièces pour l´usage personnel (ce qui signifie que 50 % de rebut est encore acceptable)
Il existe un groupe de discussion (en anglais) sur le sujet, qui est fréquenté par de nombreux spécialistes et professionnels (j´y souscrivais, mais j´ai arrêté faute de temps, je crois que ça s´appelle “casting“, je vais vérifier. Pour ma part, j´utilise les produits Vosschemie (ils ont un site).
En gros, pour les petites pièces, l´idéal est une résine polyuréthane (ou époxy, même une colle époxy peut servir a la rigueur pour les pièces simples, mais c´est plus méchant pour les moules), moulées dans un silicone deux composants (pas le mastic en seringues, qui est formule pour coller - on veut un moule qui ne colle pas, évidemment). La solution la plus simple est un moule empreinte, a ciel ouvert. Ce n´est bien sur possible que si on peut “sacrifier“ une face de la pièce qui sera plane. C´est en fait souvent le cas. Sinon, on peut fabriquer des moules en deux (ou plus) parties, soit en noyant le modèle maître et en découpant le moule après prise, pour dégager la pièce et créer un orifice de coulée et des évents, soit en coulant le moule en deux fois, avec badigeonnage d´un agent de séparation pour éviter que les deux parties du moule se soudent l´une a l´autre . Une enceinte a vide , qui permet de dé-buller le silicone des moule,d´abord, et la résine de moulage ensuite, est ici très utile sinon nécessaire. La possibilité de mesurer les ingrédients par pesée va également influencer la qualité des moules et des moulages, car tous les bicomposants apprécient une exacte formulation des produits constitutifs. En bref, c´est un peu complique, mais extrêmement fascinant !
Philippe MoniotteJe viens de vérifier. La liste s´appelle effectivement casting et elle est publique, cad qu´on peut consulter les messages sans s´abonner, dans les archives à :
groups.yahoo.com/group/casting/messages
Jacques SentisAs-tu envisagé le moulage de caisses de loco ou wagons ? genre Caisses Vapeur 70 ? Ça m´intéresse...
Xavier Thiriet» As-tu envisagé le moulage de caisses de loco ou wagons ? C´est possible, mais compliqué. Une enceinte à vide est dans ce cas indispensable, à moins que le modèle ne soit suffisamment simple (faces planes pouvant être traitées à plat). Mon ami dentiste a réussi à reproduire un wagon plat Roco (le plat teuton à ranchers en bois, qui fait partie du coffret pas cher sorti dernièrement) en une seule coulée.
J´ai lu dans Model Railroader un article où l´auteur reproduisait un boxcar (couvert, donc de formes simples) à partir d´un modèle maître, face par face (donc moulage à plat). Simple et efficace. De même sur le stand Kairos à Expométrique [2001] figurait une reproduction d´un tombereau anglais (Slater´s?) entièrement moulé (à plat). Très fin... mais les modèles maîtres étaient plans!
Philippe Moniotte In illo tempore, j´avais réussi a mouler des caisses entières de locomotive diesel en HO, parfaitement utilisables, et ce, sans utiliser de vide sur le moule (uniquement pour degazer la rÈsine avant coulée). C´est avant tout une question de choix de résine et d´un peu d´astuce. Je compte d´ailleurs m´y remettre un de ces jours pour des wagons anciens - il est vrai que mon enfer personnel est pave de bonnes intentions, comme il se doit pour tout enfer qui se respecte ;>) Au cas ou ça intéresserait quelqu´un, je pourrais poster quelques photos de moules et moulages, récents et anciens...
Philippe MoniotteJe prendrai quelques photos ce soir (vive le numérique ! :¬). Brièvement, je fais du moulage par gravité dans un moule en deux parties. Le trou de coulée est arrangé de façon que la résine pénètre au point le plus bas du moule, et remonte a mesure qu´on remplit, chassant l´air devant elle par des évents bien placés a la partie supérieure du moule. Le modèle dans le moule est “ventre en l´air“ . Le moule inférieur consiste en une “baignoire“ reproduisant toute la structure extérieure visible de la caisse, et le moule supérieur (a travers lequel se fait la coulée) est un noyau qui rempli l´intérieur de la caisse , moins l´épaisseur des parois évidemment. Suis-je clair ? C´est plus facile a faire qu´a décrire sans un petit dessin ! La condition sine qua non est de trouver une résine bien liquide, qui ne fait pas trop rapidement prise.
Xavier ThirietFranchement, je n´ose pas croire que c´est aussi simple que cela. Ça me titille de plus en plus, d´autant que la résine Kairos (2 composants 50/50) a quasiment la consistance du lait si l´on n´y ajoute pas de charge. Mais j´avoue rester incrédule quant à la répartition homogène de la résine dans un interstice d´un voire deux mm, par simple gravité. Mais je ne demande qu´à y croire (à moi les p´tits wagons que personne ne reproduira jamais ;¬)
Philippe MoniotteC´est vrai que j´ai été surpris du résultat. Peut être la veine du débutant ? Il faut dire aussi que les caisses nécessitaient une certain peaufinage (qui serait sans doute impossible pour une production commerciale) tel que bouchage des trous laisses par quelques bulles - typiquement une dizaine par modèle, mais faut dire aussi un modèle plus complique qu´un wagon. Enfin vous verrez vous mêmes les photos. Comme déjà mentionne, la liste “Casting” est une prodigieuse source de renseignements — et aussi de c...ries, comme toutes les listes, sauf Ptitrain évidemment
PapylegJ´ai moi-même testé les produits Kairos, sur une caisse de 67000 HO (Jouef). La qualité des produits de moulage est assez surprenante, car la finesse des détails obtenus ont dépassé mes espérances. Comme Philippe j´ai travaillé caisse de loco ventre en l´air afin de pouvoir en remplir l´intérieur avec un noyau. Actuellement, le problème reste le remplissage homogène de l´espace correspondant aux parois de la machine. Cela dit avec toutes vos expériences exposées ici, je vais commencer à reprendre le projet (que j´avais un peu mis de côté faute de temps!) et je ne désespère pas de parvenir à un résultat sympa. — Résinement vôtre !— Hervé
C.CharronBen justement, à propos des bulles à reboucher, comment as-tu procédé ? Surtout: avec quel produit ? Mon problème vient d´une vieille loco Jouef (231 C 60 - dont j´ai déjà parlé ici) qui avait des amas de colle impressionnants. J´ai limé et retiré les plus grosses parties mais la colle a partiellement attaqué le châssis, laissant des bulles immondes... — D´avance merci — Christophe
Jean-Louis SimonetPour ceux que ça intéresse (et qui sont parisiens), Berty, rue Claude-Bernard vend tout ce qu´il faut pour faire ce type de moulage. Plusieurs types de RTV (Rhodorsyl) pour faire les moules (plusieurs souplesses), plusieurs types de résines (selon ce qu´on veut en faire), Plastiline, et tous les accessoires, ainsi que des brochures expliquant la technique.
J´ai moi-même réalisé pas mal de ces moulages avec beaucoup de succès. Le seul problème est celui des bulles dans la résine (que l´on peut partiellement faire partir avec un cure-dent, avant que la résine prenne —il faut être rapide), car je n´ai pas d´enceinte à vide.
Le moulage à plat est très simple à mettre en oeuvre. Par contre, réaliser un moule en deux parties est nettement plus compliqué.
Philippe MoniotteQuestion apparemment innocente, mais que j´ai déjà vu être la source de débats passionnés ! Soit, je m´y risque : La solution la plus rationnelle est un mastic epoxy bicomposant (style Milliput)qui a l´avantage de ne pas rétrécir appreciablement à la prise, qui se fait par réaction, sans perte de matière. Plus facile a l´emploi est le mastic mono-composant des modélistes maquettes plastiques, qui contient un solvant (qui sent bon !) et durci par séchage et donc évaporation du solvant et donc diminution de volume. Dans ce cas, il faut mastiquer généreusement (en débondant) et poncer seulement après plusieurs jours (certains puristes disent semaines). Les colles epoxy bicomposant chargées (type “métal plastique“) peuvent très bien remplacer le Milliput pour cet usage précis, mais elles sont moins faciles a maîtriser parce que plus fluide avant prise. Juste une opinion de chimiste....
Jean-Louis SimonetPour info, le mastic mono-composant des modélistes maquettes plastiques est tout simplement le mastic utilisé par les carrossiers pour “mastiquer“ les carrosseries automobiles, disponible dans tout magasin d´accessoire automobile à un prix nettement moins cher que celui vendu pour usage en modélisme.
Philippe Moniotte Comme promis, quelques photos de moules et moulages se trouvent dans les dossiers de la liste Ptitrain (1) sous la rubrique “moulage résine”. On y voit (moule 54) le très vieux et très abîmé moule en deux parties qui a servi pour la 5403, une diesel belge jamais achevée (il manque entre autres les vitres). Une collection de petites pièces non dégrossies créées dans des moules ouverts, une loco type 12 de 1885 en cours de construction (maillechort et laiton, avec les pièces répétitives en résine) et enfin un moule ouvert pour une façade de halle àmarchandises “Etat belge”.
(1) Note importante : Contrairement à la présente page, la lecture des messages des listes Ptitrain (et des fichiers, photos,  etc., qui y figurent) est réservée aux abonnés de nos listes.
Jacques SentisMerci de ces images. Je suis de plus en plus intéressé par la caisse de la diesel. Elle est superbe et on ne dirait jamais qu´ elle provient d´un moulage “amateur“. Quelle résine utilises-tu ? Comment obtiens-tu le noyau ? quel est son calage pour permettre l´épaisseur de la caisse ? quelle précaution et dispositions adopter pour les évents de coulée ? Je te remercie des explications que tu voudras bien me fournir !
Bruno PérèsJ´arrive un peu après la bataille, mais je pratique aussi le moulage , mais je tiens à préciser que c´est à un autre niveau que celui de Philippe. J´en suis resté à de petites pièces à plat, voire à un petit moulage on ne peut plus simple en deux parties. Je suis donc un débutant. J´avais acheté à l´époque un élastomère de chez Rosier vendu chez Graphigros. Malgré la date de péremption largement dépassé, les derniers moules étaient de qualité égale aux premiers. Cependant le produit est assez cher. Les pièces étaient obtenues simplement avec de la résine à deux composants vendue dans les rayons pour la réparation des voitures. Ce n´est pas l´idéal, mais j´en avais à disposition.
Aujourd´hui, je vais plutôt me tourner vers les produits Kairos découverts à Orléans en 2000. Ils semblent pas mal et sont bien moins chers que les produits sus-cités.
Merci Philippe pour les photos. Je suis comme les autres : j´attends les explications avec intérêt. Pourquoi pas une contribution sur Ptitrain ?
Quant à ce que vient de répondre Xavier, j´ajouterai qu´il y a sûrement des détrompeurs pour éviter aux deux pièces de glisser un tant soit peu l´une sur l´autre. Mais Philippe confirmera. Amicalement
Xavier Thiriet» Il y a sûrement des détrompeurs pour éviter aux deux pièces de glisser un tant soit peu l´une sur l´autre. Mais Philippe confirmera. Il en faut évidemment. Ça peut être des pions de centrage, ou autre système empêchant le mouvement d´une empreinte par rapport à l´autre.
Par contre je trouve que la “baignoire” a des parois trop fines, d´où gros risque de déformation (comme on le voit ici). — Salutations
Philippe Moniotte» Des pions de centrage... Exact, il en faut. Toutefois, dans ce cas-ci, les irrégularités du bord supérieur du moule inférieur servaient parfaitement a assurer le repositionnement du moule supérieur qui avait été coule sur le premier, évidemment, et en est l´exact réplique : pas très pro, mais ça marche. Pour l´épaisseur des parois, exact encore : Le silicone coûte cher et j´avais été pris d´une crise d´avarice. En fait, je m´en souviens maintenant, j´avais construit une caissette de renfort en plasticarte (sans fond) ou je logeais le moule lors des coulée de résine. Je dois dire aussi que la déformation atroce visible sur la photo est due a des années de stockage d´un moule déjà bien rongé par la résine époxy, dans des conditions où il était plié (on voit une empreinte rectangulaire sur le flanc de la “baignoire”, là où le moule était appuyé sur un autre objet).
Sinon, OK : puisqu´il y a quelques amateurs, je pourrais essayer de rassembler mes esprits et mes souvenirs et produire une explication plus détaillée, pour ceux qui voudrait s´y lancer et améliorer ma technique. En fait, j´ai déjà répondu en privé àun des questionneurs, j´aurais peut-être dû poster ici — ou dans Ptitrain, si le rédac chef le souhaite ?... — Amicalement

Si le rédac chef le souhaite ? Bien sûr !
Et cet article est dorénavant en ligne 

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Ptitrain, l´e-magazine du train éclectique... — Directeur de la publication : Christophe Franchini.
Rédacteur en chef : Jean-Denis Rondinet. — Rév. 03/25/2002 16:39