Prenez
un jeune enfant sain et intelligent, mettez-le en contact quotidien avec de mauvaises lectures, et au bout de quelques
années vous obtenez un résultat affreux un illuminé, un détraqué. C´est
ce que le petit Toofoo a subi au cours de sa jeunesse, et les responsables de ce gâchis portent des noms connus de
tous : Loco-Revue, et Clive
Lamming entre autres. La preuve vous en donnée aujourd´hui. Mais laissons
la parole à ce pauvre Doc.
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Un triage par gravité |
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On n´a jamais tenté de reproduire, à l´échelle,
des freins de voie comme ceux qui, dans les triages, freinent les wagons descendant de la butte par leur propre
poids. Car leur fabrication serait délicate mais leur manoeuvre surtout : elle est commandée en réalité
au vu de nombreux critères, chargement du wagon, qualités de roulement, vitesse du vent en j´en
passe. Ces appareils de voie bruyants (120 décibels, nous apprend notre confrère le
Canard déraillé) et maintenant informatisés ont remplacé l´être humain
(les saboteurs dont nous parlait Henri Vincenot)
après un siècle de martyre.
Pour pouvoir, à l´échelle, maîtriser la vitesse
de nos wagons, je ne vois donc qu´une solution alternative : construire un triage à
pente variable. Voici les grandes lignes de cette invention.
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La partie triage du réseau est construite sur une partie mobile,
qui peut bouger autour d´un axe équipé de charnières. Cette partie mobile est mise
en mouvement soit vers le haut, soit vers le bas, grâce à une manivelle genre Meccano, que l´opérateur
peut manoeuvrer dans un sens ou l´autre.
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Au repos on place la pente à mi-hauteur. Et on lance un wagon :
si celui-ci va trop vite on soulève la pente ; si le wagon va trop lentement, voire s´arrête, on
augmente le pourcentage de pente ! Mais on reste sur le qui-vive : si le wagon tamponne trop fort la partie du
train déjà sur la voie, alors c´est la casse, les plaintes des usagers, et les primes qui sautent !
Nul doute que vous deviendrez vite des as de la manivelle et du sabotage
à l´échelle !
 | Si
vous n´avez pas de place
pour un triage... |
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Si vous ne disposez pas d´un triage mais que votre petit
diorama ne comporte qu´un modeste aller-retour d´une navette, la même idée peut vous sauver :
Il suffit de concevoir un réseau posé tout entier sur un
pivot P (voir attentivement le schéma ci-dessus). Pour faire aller dans un sens le train (vous noterez qu´il
n´est pas utile, au contraire, que ce convoi soit motorisé), on appuie son doigt sur le côté
de la destination. Pour que la navette reparte en sens inverse après
un arrêt de quelques instants, on demandera à un aide qualifié d´appuyer à son tour sur
le côté opposé du plateau. C´est si simple qu´on se demande pourquoi tous les réseaux
ne fonctionnent pas sur ce principe, garant d´économies d´énergie et donc de développement
durable...
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Et Loco-Revue ?
Et Clive Lamming dans tout ça ? |
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C´est une excellente question que je vous remercie d´avoir
posée. C´est que les inventions ci-dessus n´en sont pas, mais juste une réminiscence involontaire
de lectures anciennes ! En fait, encore bambin, j´ai lu dans Loco-Revue la
description de tels dispositifs, j´ai dû intégrer la notion dans un recoin de mon cerveau reptilien
et vous l´ai ressortie comme un fruit de mon imagination. Car la vérité, c´est que, dans le numéro
406 de juin 1979, notre revue nationale préférée décrivait un tel triage ,
avec charnières, manivelle, feuilles de briques et tout le toutim...

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Le magazine tentait bien sûr de nous faire
accroire qu´il s´agissait de l´idée d´un amateur mais à voir le sourire diabolique
de Monsieur Lamming (photo tout en bas à droite )... |
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... on comprend que l´auteur du Réseau dans les toilettes
est évidemment aussi l´instigateur sardonique du Triage à géométrie variable
et qu´il se réjouit à l´avance des déboires que ses lecteurs ingénus (dont moi...
et vous aujourd´hui !) vont devoir subir, dont les moindres seront les lazzis des spectateurs.
Le méchant homme nous convie même à développer
un système électronique pour automatiser la manoeuvre de la manivelle alors que lui-même voue
aux gémonies toute l´électronique et n´utilise, de son propre aveu, résistances
et condensateurs que peints et pêle-mêle pour figurer un chargement en vrac de wagons de marchandises...
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 Comme, évidemment,
vous ne croyez pas un mot de tout ce que je viens de vous raconter aujourd´hui et que vous conservez toute votre
confiance au magazine alréen susnommé, je me dois de publier un fac-similé de l´objet du
délit. Si vous avez le coeur bien accroché, vous n´hésiterez pas à cliquer sur la
vignette ci-contre afin de voir en vraie grandeur un exemple des élucubrations de la presse déchaînée
qui firent de moi, à la longue et à mon corps défendant, un barjo farfelu et un inventeur
déjanté... |
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