Comment je fais mes locos ?
À léchelle 1/87e
(HOe), en carton et en deux coups de cuiller à peau. Adepte de la khartésurgie
(art de la mise en oeuvre du carton) et de laltermodélisme (modélisme
à ma sauce, décontracté), je prends un châssis moteur (échelle N, à 2 bogies,
attelages européens, court, acheté chez Internet, boutique le Train magique),
du carton et du papier à dessin, étale mes outils (rien que du très courant)
— le bidon de colle à bois rapide nest pas loin — et...

... je me méfie. Le précédent
locotracteur que jai réalisé est petit et léger. Du coup, il na
aucune puissance. Dailleurs, il sappelle Minus.
Que vaut celui-ci ?
Tout seul, sur les pentes ahurissantes du Double-huit de lOasis (réseau
vedette cet été), il chemine mais, attelé, il regimbe et patine (il ne fume
pas). Je procède donc à des essais de lest en conditions réelles (par temps
sec).

Voilà donc le moteur tout
nu sur ses deux bogies avec un chargement
de fil détain à souder, de plus en plus lourd jusquà obtenir
quil veuille bien tirer 3 wagons assez pesants. Je ne lui demande
pas de les arracher au plus pentu du circuit.
À noter que, pour cet exercice
à large visée didactique, je nemploie pas duranium appauvri
(qui serait bien moins encombrant) car tout le monde ne possède pas une
centrale nucléaire avec atelier denrichissement, comme moi.

Retour à létabli.
Le châssis doit semboîter sur la plate-forme qui entoure le moteur :
il sera constitué de deux épaisseurs de carton, deux rectangles évidés superposés.
La largeur est fixée depuis longtemps : 25 mm environ (avec une
hauteur de caisse inférieure à 30 mm). Une fois en place, il appert
que le moteur prend de la place : pas daménagement intérieur
réaliste (ou pas du tout) et portes fermées (ou à peine entrebâillées).
Les parties repliées le
long du capot du moteur donnent de la rigidité longitudinale et supporteront
une partie du lest.
La caisse sera dessinée
en conséquence. Mais quel style ? Le style caisse, pas encore représenté
dans lécurie de la ReFeRe. Une variété de fourgon à moteur. Un peu
“doodlebug” (en bois, des secondaires états-uniens), si lon veut,
mais en concrete, évidemment. Avec une idée derrière la tête, celle
den faire lélément moteur et central dune rame (une voiture
devant, une autre derrière).
La construction en est analogue
à celle dun couvert ou dune voiture, à lévidement basal
central près.
Je mempare dun
morceau de feuille de Canson Arches 300 g satiné (1/4 de millimètre
dépaisseur, mon préféré pour mes tableaux à lhuile...) et jy
vais. Avec en tête le gabarit (indiqué ci-dessus) et quelques impératifs
: il faut des fenêtres (confort du personnel) sur les côtés et aux deux
bouts, des portes (circulation dicelui, chargement) dau moins
20 mm de haut (taille des personnages). Cela mamuserait de faire
un truc dissymétrique, dautant que ça nintroduirait pas de déséquilibre
vu limportance du lest, mais je me retiens. Je trace de chic mais
avec règle et équerre. 

Cest un pliage :
fond de caisse (évidé) au centre, parois longitudinales sur les côtés, dossiers
en haut et en bas. Le pli de ces derniers est en retrait, ils sencastreront,
donnant une meilleure rigidité (jai appris ça en faisant des wagons).

Puis, armé dun cutter
(avec une lame neuve), je coupe. La découpe arrondie du logement du futur
radiateur décalé et tout en hauteur (une idée, comme ça) est faite à la
queue de rat.
Vient le moment de peindre,
avant de plier. Choix de la teinte : rose verdâtre. Le gros pot de
corail vient dune erreur de livraison : mélangé avec du blanc,
il sera la teinte “primer”. Peinture acrylique, pinceau pour les tranches
des ouvertures, rouleau en mousse pour les aplats.

Important : les deux
faces sont enduites à chaque opération, sinon le papier aquarelle sincurve.
Pour un aspect référesque, prévoir 3 couches (au moins) dont la dernière
est appliquée partiellement (superposition de gris vert et de rosâtre, dans
ce cas).
Pour un effet de patine
(spéciale...), une fois bien sec (quelques heures), lensemble est
poncé au papier de verre superfin : les bords, usés, apparaissent soulignés
dun liseré plus clair.

Maintenant les huisseries
— est-ce le terme approprié dans le ferroviaire ? Les vitrages fraisés,
ce nest pas le style de la maison. Les fenêtres sont en retrait, encadrées.
Il faut faire les cadres. Je choisis dans ma collection un bristol léger
(épais de 0,2 mm, une récup qui date de laprès-guerre !)
déjà acryliqué, ce qui lui donne de la tenue. Je me sers de la caisse découpée
comme gabarit mais rectifie tous les tracés à léquerre.

Ces panneaux, qui viendront
se coller le long des parois de la caisse à lintérieur, une fois peints,
reçoivent les vitres — prélevées sur un blister.
Jy colle également,
pour obturer les baies grillagées, du voile de mariée (peint) et, dun
côté, une rambarde en fil électrique rigide dénudé. Et des renforts.
Bref, cest le moment
dinstaller tout ce qui ne sera plus accessible. Avant de plier et
coller les angles. À noter quil ny a pas de languettes,
le papier se colle très bien sur la tranche, et même tranche contre tranche.
Avoir à portée de la main un petit pinceau mouillé pour étaler les bavures.

Le collage se fait de tous
les côtés à la fois : il faut les dix doigts puis laide de presses
spéciales, des pinces utilisées diversement. Avant que la colle soit archisèche,
je fais gentiment pression sur la caisse pour quelle soit bien parallélépipédique.
Les deux parties du châssis sont collées bien à plat. Le toit a reçu des
renforts longitudinaux (cest une production soignée).

Cest le moment de
soccuper du lest. Visiblement, il reste très peu de place autour du
capot moteur, je placerai donc le poids au-dessus. Le fil de soudure est
trop encombrant, je vais le fondre dans un moule. Le moule est en carton
(une chute quelconque) façonné en caisse à fond plat (avec un cerclage en
fil de laiton par précaution). À coups de fer à souder, je parviens
à obtenir un bloc assez irrégulier que je finis au marteau.

Avant de fermer la caisse,
nouvel essai en ligne, qui montre la nécessité dajouter une bonne
longueur. Là, ça marche bien, la preuve
en photo...

Une partie du fil supplémentaire
est découpée en tronçons, collés à lintérieur de la caisse, tout en
bas, sur le rebord. Le reste est fondu sur le lest — qui a été démoulé et
est collé à cheval sur le capot. La caisse est fixée au châssis par des
points de colle, le toit à la caisse par une bonne dose de colle. Là aussi,
ajustage fin avec les dix doigts.
Tout semboîte à force
sur le châssis moteur cest démontable. Reste le superdétaillage,
auquel on néchappe pas.
De haut en bas, principalement :
— le toit ouvrant (comme sur les 203) : un rectangle de bristol
— les projecteurs infrarouge qui remplacent les phares mais en délivrant
un éclairage invisible (des tronçons de gaine de fil électrique)
— de très
bons articles de Ptitrain décrivent comment
installer des DEL ou leds
— les radiateurs : lun (vert,
du climatiseur) est en carton strié, lautre (gris, du moteur) a été
prélevé sur une cheville
— léchelle (en laiton, trouvée dans
mes archives) pour aller décoincer le toit ouvrant
— les mains montoires,
en fil électrique
— les marchepieds, très étroits, en ticket de métro
(époque verte)
— les numéros, très sobres pour une fois, découpés
dans une étiquette.
Et tout en bas, sous le
châssis de chaque côté, les compresseurs Pourrévitz & Soufflay, très bien
figurés par un assemblage de bouts de gaines.
Manque lorifice de
remplissage du carburant. Loubli sera réparé.
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