En visite chez Kleinmodellbahn

À Vienne (Autriche), de la conception à la réalisation...

Située au sud de Vienne, à proximité de la voie ferrée, l´usine Klein date de l´immédiate après-guerre. Deux frères Klein se réunirent pour fabriquer des trains miniatures en H0 jusqu´au début des années 70. A cette époque, de fortes divergences apparaissent et les frères se disputent alors les rênes de l´entreprise, annihilant mutuellement leurs efforts, risquant la perte de celle-ci. La solution consiste alors à couper l´entreprise en deux parties identiques. Kleinmodellbahn est maintenant dirigée par le fils de son créateur, alors que Kleinbahn (l´autre partie) est dirigée par le frère (donc l´oncle du directeur de Kleinmodellbahn). Vous me suivez ? Non ? Rassurez-vous : depuis trente ans les livreurs aussi se trompent de portes : elles sont situées à moins de 10 mètres l´une de l´autre et comme s´il y avait un miroir au milieu... c´est confondant ! Heureusement, le panneau est la pour m´indiquer la voie !
Kleinmodellbahn (tout comme Kleinbahn) possède une boutique sur place, des boutiques à Vienne et à Salzburg. La production est essentiellement axée sur le matériel autrichien mais aussi sur quelques autres modèles. Outre cet aspect de fonctionnement, l´entreprise fabrique des moyennes séries de bonne facture (alors que sa voisine est spécialisée dans du “moins haut de gamme”, plus accessibles pour les enfants). Les deux entreprises disposent d´un service après-vente très efficace avec possibilité pour le client de venir déposer directement son modèle.
Voici donc, ci-dessous, Kleinmodellbahn et sa ligne de fabrication, du moins une toute petite partie, présentée très longuement par son directeur Oskar Klein avec force démonstrations !

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Au passage vous remarquerez le très joli mur en briques digne de figurer dans les archives de CLAP 2000 ! [Un peu, que je l´ai remarqué ! NDJD]
Herr Klein me reçoit très courtoisement et la visite commence en anglais — il est marié à une Anglaise et maîtrise parfaitement cette langue alors que mon allemand est encore fort... fourchu !
Avant tout, il faut trouver un modèle à réaliser : ici une voiture belge en sous-traitance de moule pour Märklin (ce produit sortira sous peu). Celle-la même qui est exposée sur le musée-ponton dédié au chemin de fer dont on a déjà parlé dans Ptitrain.
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Herr Klein à la modélisation d´une jolie voiture belge.

Voici le moule pour cette fameuse voiture belge
valeur 150 000 euros environ.
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Le travail consiste à modéliser numériquement différentes couches de la voiture (caisse, vitrages...) en prenant en compte les contraintes de production. Cela relève parfois du casse-tête car même le plan de l´original ne suffit pas toujours. Par exemple, pour une de ses locomotives belges, Kleinmodellbahn disposait du plan d´origine. Mais il y était indiqué que la tôle serait courbée en fonction des capacités de l´atelier de tôlerie (à l´échelle 1:1) ! Pour reproduire le modèle, seule une photo prise du haut d´un pont a permis de restituer une courbure vraisemblable !
L´étape suivante est assurée par des spécialistes — il faut plus de dix ans pour savoir le faire correctement : c´est la transformation de la modélisation en modules de cuivre facilement usinable qui une fois assemblés constituent une empreinte du moule final à réaliser. Cela fait, ces pièces de cuivrs sont produites et viennent trouver place sur la machine ci-dessous. Par électro-érosion, on obtient alors le moule final.
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Oskar Klein me dévoilant l´intérieur du moule.


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Une presse à injecter le plastique.

L´ouverture du moule se fait doucement à l´aide d´un maillet. “Le plus difficile, ce ne sont pas les détails mais la réalisation des grandes pièces de couleur, car il ne faut pas que l´on voie le flux de plastique laisser des traces en surface”, explique Herr Klein. La production est assurée par des presses à injecter. Les moules pour pièces en plastique résistent à près d´un million de cycles (la plus grosse production de Kleinmodellbahn étant de 250 000 exemplaires) alors que les moules utilisés pour le métal blanc atteignent au maximum 50 000 cycles.
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Des wagons plats à la pelle ! “Cette voiture est difficile à peindre, car elle nécessite une ligne large très homogène de bleu.”
La peinture est réalisée à l´aide d´un aérographe multitêtes pour les grandes séries (pertes dues au réglage) et à l´aérographe à main pour les petites séries.
Voici maintenant des tombereaux et la désormais célébrissime voiture belge en avant-plan !
La méthode est la même que pour les inscriptions latérales et frontales : pour ces dernières une empreinte est réalisée sur de l´aluminium par émission de lumière ultraviolette à travers un masque et attaque à l´acide (similaire à la méthode utilisée pour les circuits imprimés). Cette feuille d´aluminium très propre est placée horizontalement dans une machine qui la recouvre d´une fine couche de peinture. Cette machine racle alors la peinture qui ne reste que sur la zone poreuse photogravée (celle des inscriptions). Un tampon en latex vient récupérer cette peinture pour la déposer sur le modèle (c´est magique !). Pour la bande bleue, le principe est quasiment similaire : la difficulté vient de l´application qui doit être continue et parfaitement linéaire (le moindre défaut se voit tout de suite).
Nouvelle étape, le banc d´essai...
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 Herr Klein devant un modèle
tout nouvellement éclairé.
Un coffret terminé
prêt pour un départ vers le client.
L´éclairage d´un modèle peut parfois se révéler difficile, sinon “casse-tirelire” : Kleinmodellbahn avait produit un kit d´éclairage qui, difficile à installer après coup, a fait revenir les clients pour un montage aux frais de l´entreprise. Maintenant, l´idée est de monter l´éclairage d´origine !
Quelques anecdotes
Une locomotive fort récente des chemins de fer autrichiens (ÖBB 1042), dérivée d´une machine suédoise, n´a pu assurer initialement le service qu´elle devait car son circuit electrique présentait des défauts. Enquête menée, la neige pouvait pénétrer très finement par les aérations à grande vitesse et court-circuiter l´alimentation. Les grilles d´aération furent rehaussées — ce qui impose l´existence de différentes versions pour le modéliste !
Juste avant la Seconde Guerre mondiale, l´Autriche a produit une petite locomotive à vapeur, la DT1. Celle-ci n´a pas plu à l´industrie allemande car elle ne montrait pas la puissance du Reich. Elle ne connu donc pas de succès et sa production fut arrêtée. Après guerre, elle assurait toujours un service omnibus. Son grand avantage était de permettre des accélérations fulgurantes qui, même lors du passage au diesel, ne furent jamais égalées, conduisant ainsi à des retards sur l´horaire ! Je précise ici que j´ai acquis ce modèle fort sympathique et très joli à l´occasion du Salon de la maquette de Vienne.
International
Kleinmodellbahn a travaillé avec feu Clarel père. À cette époque, Clarel demandait à l´entreprise viennoise de réaliser des modèles correspondant aux attentes des modélistes français. Ça fonctionnait parfaitement et prenait de l´ampleur... jusqu´à la disparition de Clarel père — c´est pourquoi le catalogue présente entre autres des tombereaux à bogies S.N.C.F. Je précise que M. Klein est prêt à renouveler l´expérience, si possible avec un contact durable ! Kleinmodellbahn réalise également des modèles pour le marché belge (et pas seulement en sous-traitance de Märklin !). Avis aux amateurs ! (N´oubliez pas que Kleinmodellbahn réalise des moyennes séries.)
Il me semble, après cette visite, quasiment obligatoire d´aller faire un tour sur le site de Kleinmodellbahn, non ?

Pour Ptitrain,
Sébastien Richet

3 janvier 2002

N.-B. — Toutes les photos sont © Sebastien Richet.

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A propos de Ptitrain. — Directeur de la publication : Christophe Franchini.
Rédacteur en chef : Jean-Denis Rondinet. — Rédacteur : Éric le Suisse. — Rév. 2/01/02 18:18