(De notre envoyé spécial)
Les
portes ouvertes au 5e génie ? Une
belle journée de train ! Sous toutes ses
coutures, de toutes les tailles, ça bougeait, ça
sifflait, ça fumait ! Dommage qu´Internet n´autorise
pas (encore) le transfert des odeurs ! (ndlr: D'après Mr De Rosnay, c'est déjà
possible...)
Temps superbe,
parcours bien fléché, vaste parking, et des
militaires partout, de tous les sexes, de toutes les
couleurs -- ils sont mieux habillés que « de
mon temps », mais les cheveux sont encore plus
courts...
La caserne des
Matelots, c´est un immense terrain avec des bois, à
dix encablures du château de Versailles :
partout courent des rails, des « vrais »
à 60 kilos par mètre jusqu´aux Decauville
tout rouillés, et partout des wagons de toutes les
origines et de toutes les couleurs : soit dit en
passant, si vous voulez faire circuler du vieux matériel
sur votre réseau moderne, et qu´en plus vous n´aimez
pas poser des filets jaunes sur les Diesels et des décalcomanies
sur les traverses de choc, pensez militaire !
Avant de chercher le
coin des modélistes, une plongée donc dans le
chemin de fer au 1/1...

Première vision,
première odeur : la « Marc Seguin »,
une des premières locomotives, en parfait état de
marche, fait des allers-retours... On admire son
embiellage peu ordinaire, ses énormes ventilateurs
en bois vernis...

Dans une grande cour
ferroviaire, on voit et on visite la 2D2 5525, propriété
du Copef-Afac-Facs : des visiteurs anonymes (un
qui l´a dessinée, un qui l´a conduite),
renseignent le public. De nombreux locotracteurs,
tenue camouflée verte, pas d´inscriptions (le rêve
du modéliste !)... Des rames et des rames de
matériel militaire -- de tous âges, de toutes
couleurs.

Un autre visiteur
nous explique que le génie a hérité, par l´intermédiaire
des Domaines, de nombreux matériels à la carrière
mouvementée : un wagon polonais pris par les
Allemands, repris par la SNCF, qui n´en veut plus...
Nous voyant photographier cet autre ancêtre :

il nous expliquera qu´il s´agit d´un faux
abominable, créé en 1937 pour les besoins d´une célébration
anniversaire... Dans la foule des visiteurs, comme
toujours dans les expos, on trouve des puits de
science. Dans la cour encore, un assortiment de tous
les outils de pose de voie, toujours camouflés...
Par plaisir, on
marche sur la voie parmi les arbres -- modélistes
impénitents, profitant inconsciemment du moindre
coup d´oeil, pour se pénétrer de la couleur et de
la forme des traverses, de la granulométrie du
ballast... -- quand, tout à coup, un coup de corne :

À grande vitesse (d´où
le mauvais cadrage de cette photo ! le gros truc
blanc, c´est un des tampons !) un Dodge Weapon
Carrier (datant de 1951) nous croise ; on nous
dit, et là, je cite : « La direction
est branchée en permanence, de ce fait il est
recommandé de ne pas tourner le volant lorsque le véhicule
est en circulation sur une voie ferrée, sinon... »
Derrière un bosquet
d´arbres, un sifflement... Encore un train au départ...
Cette fois-ci une petite 020 voie normale et son
train :

Dans le camp, on va
voir fonctionner beaucoup de moyens de locomotion :
les matériels militaires ferroviaires et routiers
bien sûr (gros succès des matériels de déminage
en cette période !), mais aussi l´hélicoptère,
les balades en V.A.B. (s´enfermer dans ces carcasses
de ferraille où l´on entre plié en deux paraît être
le rêve de nombreux visiteurs : ils font la
queue !), le saut à l´élastique à 64 mètres
de haut (si l´on peut considérer que c´est un
moyen de transport...), mais aussi ça :

Vous avez bien vu...
Le « vélo-rail », un nouveau sport ?
À première vue, une chose au moins paraît
fortement dopée -- l´avertisseur : une corne
énorme avec son réservoir d´air comprimé ! Là
aussi la foule se presse...
Enfin, la vedette du
camp : le « Diplodocus », de son
vrai nom E.P.T.V.F. (ah, la poésie des militaires !
Chez eux, JiDé s´appelait F.F.S.O. !), immense
grue pour la pose des tabliers de ponts. Née en 1958,
la bête pèse 317 tonnes pour 87 mètres
de long...

En se rapprochant de
la partie du camp réservée aux expositions de modélisme,
on aperçoit une voie de 60 et son train, une
baladeuse tirée par la Henschel « Garance »
construite en 1917 :

La rame fait des
allers et venues sur une voie posée provisoirement...
avec des rails de grande ligne, de l´énorme
Vignoles ! À quand les normes fines, Messieurs
les militaires :-)))
Le modélisme s´est
vu offrir trois grands hangars, partagés entre les
expos des associations et des clubs et les artisans...
Grands espaces couverts de tôle, sans lumière, les
murs masqués par des filets de camouflage... Rien
donc qui permette de belles photos ! Mais au
moins, c´est grand, bien plus qu´aux Lilas, à
Expométrique... et n´oublions pas que l´entrée
est gratuite, pas comme à la porte de Versailles !
Côté associations,
le G.E.M.M.E. organisateur fait la part belle -- c´est
son objet -- à tout ce qui touche la voie plus
petite que la voie normale. Mais on peut quand même
découvrir du Z, du N, du H0 et beaucoup de « zéro »,
avec entre autres le Rambolitrain...

Les grandes échelles
offrent, deux ou trois fois par an, un espace de rêve
à l´amateur enfermé dans ses quelques mètres carrés,
ou dans ses vitrines... Ici le dépôt du Club de
Chantilly (Cercle du 0) :

Et bien peu, modélistes
avertis, visiteurs occasionnels ou jeunes enfants, résistent
aux jeux de bielles en IIm quand elles tricotent sur
des dizaines de mètres :

Cette impression est
finement résumée dans ce panneau indispensable à
la santé des visiteurs :

Les artisans aussi
sont à l´aise -- au moins en terme de surface...
car le cadre est spartiate.
À tout seigneur,
tout honneur : la loco H0 qui devait naître
aujourd´hui même est bien arrivée à terme. La
première d´une portée innombrable qui va peut-être
faire de ce modèle le plus beau doublon du troisième
millénaire. Annoncée depuis longtemps chez Pierre et Dominique, le
marchand d´occasion habitué des expos, mais aussi
par M.T.P. (si l´on en croit le Train n° 134,
p. 14), puis par un collaborateur de cette même
revue (M. Klinger, p. 57)... Du coup, cette
avalanche d´annonces déclenche bien sûr une
avalanche de ventes de vieux modèles chez les
vendeurs d´occases...
Mais qui est donc
cette vedette ?
Une « yaya »,
c´est-à-dire une A1A-A1A-62000, ex-040-DA,
construite par l´américain Baldwin, et mise en
service en 1946-1947.
La photo ci-dessus (une
exclusivité
Ptitrain :-) est celle du modèle de
Pierre et Dominique, « fini dans la nuit »,
nous dit le fabricant, en résine non encore ébarbée
ni peinte. Les proportions semblent correctes, les
rambardes fines, et le châssis fonctionne, puisque
les constructeurs n´hésitent même pas à la faire
tourner en public sur un cercle de rails Jouef dont
la petitesse du rayon laisse rêveur !
Tout ça (en kit,
bien sûr) pour juste moins de mille francs...
JiDé a acheté ! Il sera livré en octobre et
vous tiendra au courant.
Au fil de l´expo,
on se penche pour voir de près les productions que
la V.P.C. ne nous laisse que deviner dans des
catalogues photocopiés ou au hasard des magazines,
et on achète : chez L.M.J.,
une motorisation de grue de travaux publics qui
laisse pantois, un passage à niveau commandé par
fil à mémoire, aux barrières d´une finesse
formidable (1500 F, la motorisation est offerte) ;
les kits de grues Bondy sur rail ou chenille en
« promo » à 700 F ; des
modules de bruitage électroniques à base d´Eprom
qui, visiblement, ont la faveur du public ; et
toujours les capteurs de remplacement pour les locos
vapeur Jouef...
La firme Kairos propose des
plastiques en feuilles, légers, rigides, à des prix
très bas (15 F en 30 x 40 cm, 2 mm
d´épaisseur), et qui remplaceront peut-être le
carton-plume avec une solidité considérablement
plus grande. Elle taille dans ce matériau des
interfaces normalisées pour les modules, et vend également
des profilés métalliques pour structure de réseaux
et modules. Également une démonstration de
tampographie : on avait entendu parler de ce
successeur de la sérigraphie, mais sans jamais en
voir grandeur nature.
Chez L´Obsidienne, JiDé a
fait l´achat de balcons photodécoupés pour bâtiments
de ville Jouef : ces beaux balcons en premier
plan, ceux d´origine Jouef iront rejoindre le fond
du décor sur les immeubles Clap2000 !
Et des Vélosolex... et une marquise photodécoupée
admirable...
Chez un vendeur d´occase
non identifié, on trouvait des modèles de ces kits
en métal blanc que Jouef eut la méchante d´idée
de distribuer il y a quelques lustres et qui laissent
dans nos souvenirs des émotions... mitigées. Ah,
les 141-TC Nord ou 220 « Ravachol » ! Qui peut se
vanter de les avoir fait tourner ou même construites
? Pas moi, ma TC dort dans une boîte ! À prix d´or
on y trouvait aussi des bonnes vieilles TY France-Trains.
Railway exposait des bâtiments
en pierre synthétique dont il devient un spécialiste,
gare et son environnement, dépôt... JiDé a acquis
des rambardes Model-Décor photodécoupées et des
grues hydrauliques Nord...
Sur le stand Loco-Revue, on a
remarqué la réédition de l´opuscule intitulé le
Réseau miniature - Électronique qui était épuisé.
Parsifal proposait,
entre autres, des bacs pleins de voitures Eko, des
modèles de très bas de gamme espagnols : mais
trouver une Quatre-Chevaux Renault à 15 F, ça
vaut bien des heures d´ébarbage et de peinture !
Sur ce stand aussi, du ballast belge ER Décor, dont
la granulosité et la couleur vieux rose m´ont fait
fondre, à 16 F le gros paquet...
Chez Carmina, des planches
Carpéna d´à-plat de vernis : on pose des
caractères Letraset, on passe une couche de vernis
mat et on s´en sert comme de décalcomanies « maison ».
Et des rambardes très fines pour la 63000 de Roco,
qui pèche beaucoup sur ce plan-là...
Nous n´avons hélas
pas trouvé le stand de ce vendeur fantôme qui se
targue de remettre sur le marché des voitures Nord
du R.M.A. et leur
fameux fourgon grandes lignes porteur de conteneurs
à bagages : dommage, une grosse ligne de
crédits leur avait été affectée...
Multirex faisait comme
à l´accoutumée une démonstration de son système
Unimat-1 Classic, un tour, fraiseuse, scie,
polisseuse, défonceuse, etc. ; petites
machines sympa dont le seul défaut est de devoir être
construites à la manière d´un Meccano dès qu´on
en a besoin (ce que veut dire que quand j´ai
construit une fraiseuse, la « loi de la tartine
de confiture » fait que j´ai aussitôt besoin
d´une scie !). Mais le prix est sans
comparaison avec les « vraies » machines-outils
modélistes.
G.P.P. (Guy Plassiard
Productions) présentait comme d´habitude tout un
assortiment de « zeeschuim », cette
plante miracle pour fabriquer des arbres, dont nous
espérons que plus personne n´ignore l´existence,
ainsi que tous les flocages Woodland destinés à l´arboriculture.
Aussi on trouvait, ce qui n´est pas sans intérêt,
des terres à décor en petits conditionnements,
ce qui m´a permis d´acheter un blanc et un vert,
dont je n´avais jamais voulu faire l´acquisition en
grosses quantités.
Comme ce vendeur m´a
demandé de ne pas faire d´annonce inconsidérée,
je vais employer le conditionnel pour ce qui suit :
il semblerait que G.P.P. ait trouvé un
distributeur de passoires automatiques à flocage et
qu´on pourrait trouver sur son stand la
prochaine fois ce modeste objet ménager à la fois
simplissime et rarissime, qui fait de la construction
des arbres un jeu d´enfant.
Voilà... Vous
trouverez sans doute dans les mois qui viennent, dans
vos magazines préférés, la liste exhaustive des
exposants qui ont retenu nos yeux mais que Ptitrain,
qui travaille pour vous dans l´urgence, n´aura pas
eu le temps de vous présenter en détail...
En guise de
conclusion : longue vie aux portes ouvertes du 5e
génie, un formidable cocktail de train grand, moyen
et petit, une bouffée d´air pur pour le modéliste
et l´amateur...
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