Portes ouvertes au

5e régiment de génie

Versailles-Matelots, 19-20 juin 1999

 

(De notre envoyé spécial)

     Les portes ouvertes au 5e génie ? Une belle journée de train ! Sous toutes ses coutures, de toutes les tailles, ça bougeait, ça sifflait, ça fumait ! Dommage qu´Internet n´autorise pas (encore) le transfert des odeurs ! (ndlr: D'après Mr De Rosnay, c'est déjà possible...)

     Temps superbe, parcours bien fléché, vaste parking, et des militaires partout, de tous les sexes, de toutes les couleurs -- ils sont mieux habillés que « de mon temps », mais les cheveux sont encore plus courts...

     La caserne des Matelots, c´est un immense terrain avec des bois, à dix encablures du château de Versailles : partout courent des rails, des « vrais » à 60 kilos par mètre jusqu´aux Decauville tout rouillés, et partout des wagons de toutes les origines et de toutes les couleurs : soit dit en passant, si vous voulez faire circuler du vieux matériel sur votre réseau moderne, et qu´en plus vous n´aimez pas poser des filets jaunes sur les Diesels et des décalcomanies sur les traverses de choc, pensez militaire !

     Avant de chercher le coin des modélistes, une plongée donc dans le chemin de fer au 1/1...

     Première vision, première odeur : la « Marc Seguin », une des premières locomotives, en parfait état de marche, fait des allers-retours... On admire son embiellage peu ordinaire, ses énormes ventilateurs en bois vernis...

     Dans une grande cour ferroviaire, on voit et on visite la 2D2 5525, propriété du Copef-Afac-Facs : des visiteurs anonymes (un qui l´a dessinée, un qui l´a conduite), renseignent le public. De nombreux locotracteurs, tenue camouflée verte, pas d´inscriptions (le rêve du modéliste !)... Des rames et des rames de matériel militaire -- de tous âges, de toutes couleurs.

     Un autre visiteur nous explique que le génie a hérité, par l´intermédiaire des Domaines, de nombreux matériels à la carrière mouvementée : un wagon polonais pris par les Allemands, repris par la SNCF, qui n´en veut plus... Nous voyant photographier cet autre ancêtre :

il nous expliquera qu´il s´agit d´un faux abominable, créé en 1937 pour les besoins d´une célébration anniversaire... Dans la foule des visiteurs, comme toujours dans les expos, on trouve des puits de science. Dans la cour encore, un assortiment de tous les outils de pose de voie, toujours camouflés...

     Par plaisir, on marche sur la voie parmi les arbres -- modélistes impénitents, profitant inconsciemment du moindre coup d´oeil, pour se pénétrer de la couleur et de la forme des traverses, de la granulométrie du ballast... -- quand, tout à coup, un coup de corne :

     À grande vitesse (d´où le mauvais cadrage de cette photo ! le gros truc blanc, c´est un des tampons !) un Dodge Weapon Carrier (datant de 1951) nous croise ; on nous dit, et là, je cite : « La direction est branchée en permanence, de ce fait il est recommandé de ne pas tourner le volant lorsque le véhicule est en circulation sur une voie ferrée, sinon... »

     Derrière un bosquet d´arbres, un sifflement... Encore un train au départ... Cette fois-ci une petite 020 voie normale et son train :

     Dans le camp, on va voir fonctionner beaucoup de moyens de locomotion : les matériels militaires ferroviaires et routiers bien sûr (gros succès des matériels de déminage en cette période !), mais aussi l´hélicoptère, les balades en V.A.B. (s´enfermer dans ces carcasses de ferraille où l´on entre plié en deux paraît être le rêve de nombreux visiteurs : ils font la queue !), le saut à l´élastique à 64 mètres de haut (si l´on peut considérer que c´est un moyen de transport...), mais aussi ça :

     Vous avez bien vu... Le « vélo-rail », un nouveau sport ? À première vue, une chose au moins paraît fortement dopée -- l´avertisseur : une corne énorme avec son réservoir d´air comprimé ! Là aussi la foule se presse...

     Enfin, la vedette du camp : le « Diplodocus », de son vrai nom E.P.T.V.F. (ah, la poésie des militaires ! Chez eux, JiDé s´appelait F.F.S.O. !), immense grue pour la pose des tabliers de ponts. Née en 1958, la bête pèse 317 tonnes pour 87 mètres de long...

     En se rapprochant de la partie du camp réservée aux expositions de modélisme, on aperçoit une voie de 60 et son train, une baladeuse tirée par la Henschel « Garance » construite en 1917 :

     La rame fait des allers et venues sur une voie posée provisoirement... avec des rails de grande ligne, de l´énorme Vignoles ! À quand les normes fines, Messieurs les militaires :-)))


     Le modélisme s´est vu offrir trois grands hangars, partagés entre les expos des associations et des clubs et les artisans... Grands espaces couverts de tôle, sans lumière, les murs masqués par des filets de camouflage... Rien donc qui permette de belles photos ! Mais au moins, c´est grand, bien plus qu´aux Lilas, à Expométrique... et n´oublions pas que l´entrée est gratuite, pas comme à la porte de Versailles !

     Côté associations, le G.E.M.M.E. organisateur fait la part belle -- c´est son objet -- à tout ce qui touche la voie plus petite que la voie normale. Mais on peut quand même découvrir du Z, du N, du H0 et beaucoup de « zéro », avec entre autres le Rambolitrain...

     Les grandes échelles offrent, deux ou trois fois par an, un espace de rêve à l´amateur enfermé dans ses quelques mètres carrés, ou dans ses vitrines... Ici le dépôt du Club de Chantilly (Cercle du 0) :

     Et bien peu, modélistes avertis, visiteurs occasionnels ou jeunes enfants, résistent aux jeux de bielles en IIm quand elles tricotent sur des dizaines de mètres :

     Cette impression est finement résumée dans ce panneau indispensable à la santé des visiteurs :


     Les artisans aussi sont à l´aise -- au moins en terme de surface... car le cadre est spartiate.

     À tout seigneur, tout honneur : la loco H0 qui devait naître aujourd´hui même est bien arrivée à terme. La première d´une portée innombrable qui va peut-être faire de ce modèle le plus beau doublon du troisième millénaire. Annoncée depuis longtemps chez Pierre et Dominique, le marchand d´occasion habitué des expos, mais aussi par M.T.P. (si l´on en croit le Train n° 134, p. 14), puis par un collaborateur de cette même revue (M. Klinger, p. 57)... Du coup, cette avalanche d´annonces déclenche bien sûr une avalanche de ventes de vieux modèles chez les vendeurs d´occases...

     Mais qui est donc cette vedette ?

     Une « yaya », c´est-à-dire une A1A-A1A-62000, ex-040-DA, construite par l´américain Baldwin, et mise en service en 1946-1947.

     La photo ci-dessus (une exclusivité Ptitrain :-) est celle du modèle de Pierre et Dominique, « fini dans la nuit », nous dit le fabricant, en résine non encore ébarbée ni peinte. Les proportions semblent correctes, les rambardes fines, et le châssis fonctionne, puisque les constructeurs n´hésitent même pas à la faire tourner en public sur un cercle de rails Jouef dont la petitesse du rayon laisse rêveur !

     Tout ça (en kit, bien sûr) pour juste moins de mille francs... JiDé a acheté ! Il sera livré en octobre et vous tiendra au courant.

     Au fil de l´expo, on se penche pour voir de près les productions que la V.P.C. ne nous laisse que deviner dans des catalogues photocopiés ou au hasard des magazines, et on achète : chez L.M.J., une motorisation de grue de travaux publics qui laisse pantois, un passage à niveau commandé par fil à mémoire, aux barrières d´une finesse formidable (1500 F, la motorisation est offerte) ; les kits de grues Bondy sur rail ou chenille en « promo » à 700 F ; des modules de bruitage électroniques à base d´Eprom qui, visiblement, ont la faveur du public ; et toujours les capteurs de remplacement pour les locos vapeur Jouef...

     La firme Kairos propose des plastiques en feuilles, légers, rigides, à des prix très bas (15 F en 30 x 40 cm, 2 mm d´épaisseur), et qui remplaceront peut-être le carton-plume avec une solidité considérablement plus grande. Elle taille dans ce matériau des interfaces normalisées pour les modules, et vend également des profilés métalliques pour structure de réseaux et modules. Également une démonstration de tampographie : on avait entendu parler de ce successeur de la sérigraphie, mais sans jamais en voir grandeur nature.

     Chez L´Obsidienne, JiDé a fait l´achat de balcons photodécoupés pour bâtiments de ville Jouef : ces beaux balcons en premier plan, ceux d´origine Jouef iront rejoindre le fond du décor sur les immeubles Clap2000 ! Et des Vélosolex... et une marquise photodécoupée admirable...

     Chez un vendeur d´occase non identifié, on trouvait des modèles de ces kits en métal blanc que Jouef eut la méchante d´idée de distribuer il y a quelques lustres et qui laissent dans nos souvenirs des émotions... mitigées. Ah, les 141-TC Nord ou 220 « Ravachol » ! Qui peut se vanter de les avoir fait tourner ou même construites ? Pas moi, ma TC dort dans une boîte ! À prix d´or on y trouvait aussi des bonnes vieilles TY France-Trains.

     Railway exposait des bâtiments en pierre synthétique dont il devient un spécialiste, gare et son environnement, dépôt... JiDé a acquis des rambardes Model-Décor photodécoupées et des grues hydrauliques Nord...

     Sur le stand Loco-Revue, on a remarqué la réédition de l´opuscule intitulé le Réseau miniature - Électronique qui était épuisé.

     Parsifal proposait, entre autres, des bacs pleins de voitures Eko, des modèles de très bas de gamme espagnols : mais trouver une Quatre-Chevaux Renault à 15 F, ça vaut bien des heures d´ébarbage et de peinture ! Sur ce stand aussi, du ballast belge ER Décor, dont la granulosité et la couleur vieux rose m´ont fait fondre, à 16 F le gros paquet...

     Chez Carmina, des planches Carpéna d´à-plat de vernis : on pose des caractères Letraset, on passe une couche de vernis mat et on s´en sert comme de décalcomanies « maison ». Et des rambardes très fines pour la 63000 de Roco, qui pèche beaucoup sur ce plan-là...

     Nous n´avons hélas pas trouvé le stand de ce vendeur fantôme qui se targue de remettre sur le marché des voitures Nord du R.M.A. et leur fameux fourgon grandes lignes porteur de conteneurs à bagages : dommage, une grosse ligne de crédits leur avait été affectée...

     Multirex faisait comme à l´accoutumée une démonstration de son système Unimat-1 Classic, un tour, fraiseuse, scie, polisseuse, défonceuse, etc. ; petites machines sympa dont le seul défaut est de devoir être construites à la manière d´un Meccano dès qu´on en a besoin (ce que veut dire que quand j´ai construit une fraiseuse, la « loi de la tartine de confiture » fait que j´ai aussitôt besoin d´une scie !). Mais le prix est sans comparaison avec les « vraies » machines-outils modélistes.

     G.P.P. (Guy Plassiard Productions) présentait comme d´habitude tout un assortiment de « zeeschuim », cette plante miracle pour fabriquer des arbres, dont nous espérons que plus personne n´ignore l´existence, ainsi que tous les flocages Woodland destinés à l´arboriculture. Aussi on trouvait, ce qui n´est pas sans intérêt, des terres à décor en petits conditionnements, ce qui m´a permis d´acheter un blanc et un vert, dont je n´avais jamais voulu faire l´acquisition en grosses quantités.

     Comme ce vendeur m´a demandé de ne pas faire d´annonce inconsidérée, je vais employer le conditionnel pour ce qui suit : il semblerait que G.P.P. ait trouvé un distributeur de passoires automatiques à flocage et qu´on pourrait trouver sur son stand la prochaine fois ce modeste objet ménager à la fois simplissime et rarissime, qui fait de la construction des arbres un jeu d´enfant.


     Voilà... Vous trouverez sans doute dans les mois qui viennent, dans vos magazines préférés, la liste exhaustive des exposants qui ont retenu nos yeux mais que Ptitrain, qui travaille pour vous dans l´urgence, n´aura pas eu le temps de vous présenter en détail...

     En guise de conclusion : longue vie aux portes ouvertes du 5e génie, un formidable cocktail de train grand, moyen et petit, une bouffée d´air pur pour le modéliste et l´amateur...

Retour aux reportages